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Les gens admirent Chaplin, sont impressionnés par Buster Keaton, mais ils adorent Laurel et Hardy

Stan & Ollie

En salle le

6 mars 2019

De

J. S. Baird

Avec

S. Coogan, J. C. Reilly, N. Arianda

Genre

Biopic (1h37)

Distributeur

Impuls

1953. Laurel et Hardy, le plus grand duo comique de tous les temps, se lancent dans une tournée à travers l’Angleterre. Désormais vieillissants et oubliés des plus jeunes, ils peinent à faire salle comble. Leur amitié y résistera-t-elle ?

Le cinéma ne s’était encore jamais penché sur la vie des légendaires Stan Laurel et Oliver Hardy. Une lacune aujourd’hui comblée grâce à un film aussi drôle qu’émouvant.

Stan Laurel et Oliver Hardy, soit le « maigre » et le « gros », sont largement considérés comme le plus grand tandem comique de l’histoire du cinéma. De 1927 à 1950, ils se sont produits dans 107 films (32 courts métrages muets, 40 courts parlants, 23 longs métrages, 12 apparitions). Ils ont ainsi donné ses lettres de noblesse à la notion de « duo comique » avec une complicité contagieuse et des gags qui pouvaient sembler naturels, mais qui étaient ciselés dans leurs moindres détails. Les deux comédiens font partie des très rares stars du muet à avoir survécu au parlant – et même à s’y être épanouis –, ajoutant des jeux de mots à leur panoplie comique. Il était donc grand temps qu’un biopic leur soit consacré.

DES IDOLES IMMORTELLES

Leur influence dépasse largement les données chiffrées et l’analyse critique : ils ont en effet encore aujourd’hui d’innombrables admirateurs, trois musées leur sont consacrés et ils ont même leur fan club. Aimés dans le monde entier – ils sont appelés « Dick und Doof » en Allemagne, « Flip i Flap » en Pologne, « O Gordo e o Magro » au Brésil –, ils incarnent l’humour à l’état pur et nous plongent dans un monde où l’absurde frôle le sublime et où l’amitié est une valeur intangible. Qu’on les connaisse à travers les rediffusions télé, les adaptations en dessins animés ou une simple image sur Twitter, il suffit d’entendre leur thème musical (« C’est toi Laurel, c’est moi Hardy ») pour sourire et basculer dans une époque moins cynique qu’aujourd’hui. Les gens admirent Chaplin, sont impressionnés par Buster Keaton, mais ils adorent Laurel et Hardy. Très rares sont les humoristes qui ne revendiquent pas leur influence.

POUR LE MEILLEUR ET POUR LE RIRE

Le scénariste de « Stan & Ollie » Jeff Pope éprouve lui aussi une vraie tendresse pour le duo. Nourri aux courts métrages comiques du tandem légendaire diffusés le samedi matin sur la BBC, il s’est vu offrir un coffret DVD il y a une quinzaine d’années. Après avoir vu « Laurel et Hardy au Far West », il s’est lancé dans des recherches sur la véritable histoire des deux stars. Il a alors découvert un pan méconnu de leur parcours : la tournée théâtrale du célèbre duo au Royaume-Uni au début des années 50. La productrice Faye Ward précise : « Le film parle de ces deux amis qui sont arrivés au soir de leur vie, mais qui n’en ont pas conscience. Mais il évoque aussi leur génie artistique et la manière dont la magie se produit sur scène. » Steve Coogan, qui campe Laurel, a aussitôt été sensible à l’approche du scénariste qui s’attache à leur complicité, vieille de 35 ans, à travers le prisme de la tournée. « C’est très intelligent de la part de Jeff car on commet souvent l’erreur de raconter l’histoire de la vie de quelqu’un de manière chronologique », dit-il. « C’est beaucoup plus fort de se focaliser sur un pan de leur parcours qui, souvent, permet de tout connaître de la personne. On perçoit l’humanité d’un être en s’attachant à un moment de son existence. »  John C. Reilly, qui interprète Hardy, se souvient de son côté  : « C’était une responsabilité énorme de jouer ce personnage – Hardy est mon héros. J’étais terrifié à l’idée d’accepter un rôle pareil, mais il était hors de question qu’un autre le fasse à ma place. »

UN BIOPIC RÉUSSI

À l’écran, le résultat de cette passion transpire à chaque image. Reconstitution d’époque aux petits oignons, maquillages ahurissants de réalisme, acteurs magnifiques (mention spéciale à Steve Coogan, qui n’aurait pas volé une nomination à l’Oscar pour son Stan Laurel aussi hilarant qu’humainement complexe), scénario à la construction très habile… On découvre dans le film la véritable personnalité de deux génies, une histoire d’amitié comme on en voit peu, une peinture captivante de l’industrie du divertissement de l’époque où les éclats de rire fusionnent avec les bouffées d’émotion. Et on ressort du film avec l’irrésistible envie de revoir les chefs-d’œuvre des fabuleux Laurel et Hardy.

L’INFO EN +

Pour se fondre dans la peau d‘Oliver Hardy, qui pesait près de 180 kilos, l’acteur John C. Reilly a vu son corps recouvert à 99% de prothèses grossissantes. « Seules mes paumes sont restées naturelles », raconte-t-il.