Àga

En salle le

16 janvier 2019

De

MILKO LAZAROV

Avec

MIKHAIL APROSIMOV, FEODOSIA IVANOVA, GALINA TIKHONOVA

Genre

Drame (1h37)

Distributeur

Trigon

Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d’un couple du Grand Nord. Jour après jour, le rythme séculaire qui ordonnait leur vie et celle de leurs ancêtres vacille. Ils vont devoir se confronter à un nouveau monde qui leur est inconnu.

Avis de grand froid

D’une rare splendeur esthétique, le conte signé Milko Lazarov nous fait voyager dans un Grand Nord encore jamais vu au cinéma.

Comment s’est déroulé le tournage d' »Aga », placé sous l’extrême rigueur du climat ?

Milko Lazarov : Il a duré trente-six jours. Nous avons commencé en mars pour finir vers fin avril. Le film a été tourné en argentique, en 35mm, ce qui a compliqué un peu les choses. La pellicule a voyagé de Iakoutie à Moscou et de Moscou à Paris, et ce à dx-sept reprises ! Là, elle était développée en laboratoire. C’était un vrai défi. Face aux conditions climatiques difficiles, mon directeur de la photo a demandé à ce que l’on change l’huile de la caméra pour qu’elle résiste aux basses températures. On avait aussi des équipements de secours pour la caméra, comme des batteries. Notre productrice a acheté des vêtements auprès d’une entreprise russe, spécialisée dans les expéditions. Nous étions équipés comme des explorateurs au Pôle Nord, ce qui fait que nous n’avons jamais eu froid, même par -30 degrés au début, puis -42 par la suite. Nous passions environ treize heures par jour dehors, sans jamais souffrir des températures grâce à notre équipement. A cette époque de l’année, le temps change très vite. Un mois là-bas correspond à un trimestre en Europe, ce qui explique qu’on a le sentiment de changer de saison dans le lm. Le printemps dure en moyenne vingt jours en Iakoutie.

Quelle est la genèse du film ?


Quand j’étais enfant, j’aimais beaucoup les récits d’aventures. Je me passionnais pour les grandes découvertes. J’ai lu de nombreux livres sur le grand Nord et sur ses explorateurs, comme Roald Amundsen que j’admirais. L’idée vient probablement de là. Au départ, je voulais raconter l’histoire d’un vieux couple inuit. Nous avons prospecté au Canada, au Groenland, puis en arrivant en Iakoutie, j’ai commencé à envisager de tourner là-bas. Je voulais raconter une histoire d’amour très simple, qui se déroulerait au sein de « la dernière famille du monde ». J’avais pensé tourner au départ dans le nord de la Bulgarie car nous y avons-là un contexte analogue, de belles montagnes et des parents âgés, comme ceux que l’on voit dans le film. J’ai cependant souhaité pousser le curseur vers le Grand Nord pour que cette histoire soit universelle.

Comment avez-vous choisi vos deux personnages principaux ? Sont-ils interprétés par des acteurs professionnels ?


Feodosia Ivanova qui joue Sedna vit au beau milieu de la Sibérie, dans la taïga où elle s’occupe de vaches. Elle est non professionnelle. Toutefois, je l’avais vue dans un film amateur tourné dans la région par son neveu, ce qui m’a convaincu de l’engager. Feodosia a beau ne pas être professionnelle, elle est très talentueuse. Lorsque je l’ai vue pour la première fois à l’écran, j’ai su que nous avions trouvé notre Sedna. Quand je lui ai demandé de jouer dans mon film, elle est partie d’un grand rire. La fabrication du lm a été très facile. Quant aux autres acteurs, ce sont des professionnels du théâtre.

Dans la majorité de vos plans, la terre et le ciel se confondent. Comment avez-vous utilisé le paysage ?


Je l’ai utilisé précisément à cette fin et pour que chacun de mes plans se pare de cette dimension esthétique. C’était la première fois qu’un film étranger se tournait en Iakoutie, donc imaginez un peu le piège ! J’ai beaucoup modifié le script sur place, en fonction de cet environnement. Le film a été tourné sur le fleuve glacé Lena, ce qui fait qu’on a là des paysages plus abstraits qu’ailleurs.

Fiction ? Documentaire ? Au début d' »Aga », on a un peu de mal à trancher.

Ce n’était pas mon intention de susciter cette confusion. J’ai été surpris quand les premiers spectateurs m’ont dit qu’ils avaient cru durant les premières minutes qu’il s’agissait d’un documentaire. Je voulais juste qu’ils se mettent dans le rythme du film. C’est comme une course de fond. C’est important pour moi que le public sente ce rythme. Les éléments ethnologiques permettent au final de construire un mélodrame. « Ága » est un conte métaphysique ; c’est la meilleure définition que l’on puisse en donner.

La lumière du film est extrêmement stylisée. Comment l’avez-vous élaborée ?


J’ai montré des tableaux de Vermeer à mon chef opérateur pour qu’il s’en inspire, et nous avons travaillé dans cette direction-là, en créant une lumière blanche et douce. Nous n’avons utilisé que deux projecteurs pour mêler cette lumière artificielle à la lumière naturelle qui tombait du haut de la yourte. Nous avons abordé la lumière de manière très picturale, en travaillant les contrastes. Quand vous tournez en vidéo, ce n’est pas le même rendu que lorsqu’on filme en pellicule. La pellicule prend la lumière naturellement. Pellicule et lumière sont intimement liées.