Aquaman

En salle le

19 décembre 2018

De

JAMES WAN

Avec

JASON MOMOA, AMBER HEARD, WILLEM DAFOE

Genre

Fantastique (2h05)

Distributeur

Warner

Personnage légendaire, Aquaman est le Roi des Sept Mers, régnant à contrecœur sur Atlantis. Pris en étau entre les Terriens qui détruisent constamment la mer et les habitants d’Atlantis prêts à se révolter, il doit protéger la planète tout entière…

Le retour du roi

Superproduction d’une rare envergure visuelle et technique, «Aquaman» entend marquer une date dans l’histoire des films de super héros.

Dans l’inépuisable vivier des super héros, Aquaman représente avec Thor un des rares prototypes de personnages dont les pouvoirs ne sont pas dus à une mutation qui transforme les mortels lambda en créatures surhumaines, mais à leur nature mythologique. Issu de l’écurie DC Comics, voici donc le roi de la cité d’Atlantis. Déjà apparu dans le médiocre «Justice League» au côté de Batman, Superman et Wonder Woman, il prend aujourd’hui les commandes de sa première grande aventure en solo.

L’ÉTOFFE D’UN HÉROS

De son vrai nom Arthur Curry, il doit ici relever un défi aux allures de mission impossible : retrouver le Trident Perdu d’Atlan. Seul le véritable roi de l’Atlantide peut le manier, mais pour le récupérer, il doit d’abord faire équipe avec Mera, Princesse du royaume sous-marin de Xebel, pour un périple semé d’embûches entre terre et mer. Pour y parvenir, il possède quand même une paire d’atouts non négligeables : il peut respirer sous l’eau, nager à une vitesse phénoménale, supporter la pression des profondeurs abyssales, communiquer par télépathie avec des espèces sous-marines, le tout complété par une force extraordinaire, des sens ultra aiguisés et une peau impénétrable.  Pour le réalisateur James Wan («Saw», «Insidous», «Conjuring», «Fast & furious 7»),  il ne s’agissait en aucun cas de reproduire ce qui avait déjà été fait dans le genre. «Aquaman est extrêmement puissant, et avec lui, l’action prend une dimension quasi-divine. Mais ce qui me plaît le plus chez lui, c’est que c’est sa dimension humaine qui le fait avancer», explique-t-il. Même son de cloche chez Jason Momoa, impressionnant acteur hawaïen titulaire du rôle : «Le scénario retrace un magnifique récit de ses origines: on s’attache au jeune enfant qui découvre ses pouvoirs, puis à l’homme qui se lance dans une aventure pour devenir roi. Mais le personnage a aussi un côté plus joyeux qu’on retrouve tout au long du film, même quand il se bat pour sa survie au cours d’une guerre sous-marine intergalactique que James Wan met en scène avec brio.» Pour la comédienne Amber Heard, qui incarne Mera, les choses vont encore plus loin : «Les super héros et les méchants sont l’incarnation de nos plus belles qualités et de nos pires défauts. Cette dualité parle à tout le monde, en particulier aux enfants qui sont encore plus réceptifs que les adultes à ces questions.»

DU NEUF AVEC DU VIEUX

Les lecteurs de BD ont découvert Aquaman pour la première fois en 1941, mais l’histoire racontée par James Wan est largement inspirée par un album de Geoff Johns issu  d’une série lancée par DC Comics en 2011 pour faire renaître toute sa galerie de super héros. Aux commandes du scénario, David Leslie Johnson-McGoldrick et Will Beall se sont ainsi chargés de revitaliser le personnage et son environnement. «James Wan voulait avant tout que le film raconte l’histoire d’une quête à travers le monde. Ceci étant dit, la famille est un des principaux sujets du film. Aquaman hérite des pouvoirs de sa mère et de l’humanité de son père, deux personnes qui viennent de mondes totalement opposés et qui sont tombés amoureux contre toute attente. Il est le fruit de cet amour sacrifié: comment peut-il trouver sa place ?»

UN TRAVAIL D’ÉQUIPE

L’univers sous-marin d’«Aquaman » constitue un aspect primordial du film. C’est pourquoi James Wan et son équipe avaient à cœur de créer une Atlantide et des royaumes différents des environnements aquatiques qui avaient été montrés au cinéma jusqu’ici. «C’est un peu comme l’espace: un monde totalement différent qui n’a pour limite que notre imagination», confirme le metteur en scène. «On n’a aucune idée de ce que les matières donneraient sous l’eau, et de la manière dont les cheveux flotteraient. L’eau est aux Atlantes ce que l’air est pour nous. C’est l’environnement dans lequel ils ont grandi. Il fallait donc l’aborder de leur point de vue à eux.» Afin de traduire à l’écran ce qu’il avait imaginé, il a sollicité le directeur de la photographie Don Burgess pour saisir l’univers à couper le souffle qu’il a conçu avec le chef décorateur Bill Brzeski, et il a confié à la costumière Kym Barrett le soin de donner vie aux personnages. Pour le coscénariste Will Beall, Atlantis  «ressemble à Rome si celle-ci n’avait pas connu sa décadence et puis sa chute. On y trouve à la fois des technologies modernes et d’anciennes coutumes, comme les arènes de gladiateurs. C’est une cité insoumise et isolée, très avancée mais chargée du poids des lois et des coutumes ancestrales.»

POINTS COMMUNS

Mi-homme mi-Atlante, Aquaman présente avec son interprète Jason Momoa des similitudes frappantes. «Je pense que si Jason s’est senti si proche de son personnage, c’est parce qu’il vient lui-même de deux mondes», analyse James Wan. «Il est Hawaïen et a grandi en Amérique. Il ne s’est jamais senti complètement à sa place dans aucun de ces deux univers. C’est quelque chose que je comprends très bien moi aussi: je suis un Asiatique né en Malaisie et qui a grandi en Australie. J’ai été élevé dans la culture australienne, mais j’ai aussi gardé un héritage chinois et malais très important.» Outre ses doubles origines, l’acteur a longtemps vécu sur des îles, ce qui lui a permis de se sentir encore plus proche de son personnage. «Comme Arthur, je suis le fruit d’un métissage, partagé entre l’Iowa et Hawaï, si bien que j’ai vraiment pu m’identifier à cette double culture», dit-il. «Et les Philippines, Hawaï, Tahiti, les Fidji… beaucoup d’îles célèbrent leurs dieux des mers. Ça m’a tout de suite parlé.» Mais ce n’est pas tout: «J’ai étudié l’océanographie quand je vivais dans l’Iowa», ajoute Jason Momoa. « En tant qu’insulaire, j’adore l’océan. C’est quelque chose qui m’effraie et qui m’attire en même temps. En Polynésie, le requin est le protecteur de la famille. On l’appelle le mana, le pouvoir surnaturel. J’ai rêvé que je surfais et je voyais un énorme requin. Je lui disais ‘Salut frère, je suis un des tiens !’. J’aimerais pouvoir parler aux poissons en vrai. D’ailleurs maintenant que je suis Aquaman…»

L’HABIT FAIT LE MOINE

Reste à transformer toutes ces belles intentions en un spectacle digne de ce nom. Pour la chef costumière chevronnée qu’est Kym Barrett, la conception des différents costumes des héros d’«Aquaman» nécessitait une solide interprétation de la vision de James Wan mais aussi une bonne vue d’ensemble de la «patte» propre aux dessinateurs de BD et illustrateurs vétérans des studios DC. «James tenait vraiment à ce qu’on conserve l’esthétique bande-dessinée», explique-t-elle. «Quand on cherchait l’identité visuelle du film, le décorateur Bill Brzeski et moi avons longtemps parlé des règles de l’Atlantide. Tout le monde flotte, nage ou se bat sous l’eau, et nos acteurs sont suspendus à des câbles et des harnais pour donner l’impression qu’ils flottent. Bien sûr, les effets visuels nous ont aidés, mais il fallait quand même qu’on prenne en compte ces contraintes pendant qu’on concevait les costumes. On a également beaucoup réfléchi au fait que les acteurs étaient suspendus, et qu’il fallait que les vêtements aient l’air de ne rien peser. Du coup, pour cette mission d’envergure, il fallait envisager encore plus de problèmes et mener encore plus de recherches.»  Elle donc tenu le raisonnement suivant : «Dans mon esprit, la texture, la formes et les couleurs des costumes — tout particulièrement en ce qui concerne les armures — ont été altérées par le corail, les poissons et les algues qui entourent les personnages. Utiliser de vrais métaux pour les armures n’aurait pas été pratique pour nous, car ça aurait été bien trop lourd à porter pour les acteurs, qui étaient toujours en suspension, au cours des scènes d’action. En revanche, on a créé des matières n’ayant de métallique que l’aspect.» Vedette logique et incontestée du département costumes, celui d’Aquaman lui-même a nécessité un soin tout particulier. À partir d’un scan du corps de Jason Momoa, qui avait suivi un entraînement pour gagner de la masse musculaire au niveau des épaules et du dos, ainsi que pour affiner sa taille, la combinaison était composée de plusieurs parties qui devaient s’assembler sans que les coutures ne soient perceptibles : un plastron pour recouvrir la taille et les bras, une armature dorsale qui va jusqu’en bas… Le tout agrémenté d’ajouts numériques destinés aussi bien à embellir qu’à peaufiner l’ensemble.

HISTOIRE D’EAU

Pendant la phase préparatoire du film, il a été décidé que les innombrables séquences sous-marines seraient réalisées selon le principe du «dry for wet»,  un procédé qui permet de donner l’illusion qu’un personnage est sous l’eau. «Sans ça, le tournage aurait été trop complexe, à la fois pour des raisons de logistique et de sécurité, mais aussi parce que les armes des guerriers étaient luminescentes, ce qui aurait été extrêmement compliquer à restituer sous l’eau», explique ainsi un technicien clé.  À l’aide d’un système très élaboré de câbles, de plateformes, de balançoires et de trépieds, comédiens et cascadeurs ont donc pu évoluer en toute liberté, tandis que les effets «aquatiques» destinés à parfaire l’illusion ont été ajoutés grâce à des effets de synthèse dernier cri. «En se fiant à notre expérience, nous avons conçu plusieurs manières de simuler l’état de flottement», détaille le concepteur des effets spéciaux Stuart Gardiner. Nous avons notamment construit des systèmes de contrepoids et flotteurs pour simuler un mouvement de flux et reflux. Et comme nous étions également soumis aux lois de la gravité sous l’eau, les acteurs devaient se tenir debout, marcher, flotter ou nager.» En raison des contraintes liées aux suspensions de câbles et aux manipulations des plates-formes elles-mêmes, les cascadeurs se sont comportés comme des marionnettistes, tirant des câbles et se déplaçant sur le plateau tandis que les acteurs bougeaient sur les plateformes.

DANS LE DÉCOR

«Aquaman» a été, pour l’essentiel, tourné en Australie, sur la Gold Coast du Queensland, au sud de Brisbane. Les producteurs ont utilisé les neuf plateaux des studios Village Roadshow, dont le plus récent, le plateau 9. Parmi la cinquantaine de décors créés pour les besoins du film, celui-ci a abrité les plus imposants d’entre eux, dont la salle du trône et le Colisée d’Atlantis, le navire de guerre du roi Orm et le magnifique «trône du roi mort. En créant les décors réels d’Atlantis, le directeur artistique Bill Brzeski a imaginé «une civilisation néoclassique qui pourrait être issue de la Méditerranée, peut-être des précurseurs des Grecs, de la période hellénistique, sans doute même pré-égyptienne. Mais ce qui les distingue, c’est qu’il s’agit d’une culture en passe d’accéder à l’ère du numérique.»  Comme il l’a fait avec Kym Barrett pour les costumes, James Wan a longuement parlé avec lui «des matériaux de construction du monde terrestre comme la brique, le bois, le métal et les différents types de tissu qu’on porte. Des matériaux que les Atlantes n’auraient peut-être pas dans l’océan. On a donc cherché à s’inspirer en grande partie du monde nautique et marin. On s’est dit que leur habitat pourrait être très naturel, peut-être en corail. Vivent-ils dans un espace vivant ? Et qu’est-ce- qui les éclaire dans ce monde ? Ils vivent à de telles profondeurs que la lumière naturelle ne peut y pénétrer, du coup, qu’est-ce qui remplace la lumière du soleil ? Le cycle solaire règle notre horloge interne, notre biorythme, n’est-ce pas ? Si on n’a pas de soleil, qu’est- ce qui le remplace ? De quelle source lumineuse se servent-ils ?» Même si la plus grande partie d’Atlantis a été conçue en infographie pendant la postproduction, deux des éléments de décors réels de Bill Brzeski représentant la légendaire cité sont le cercle de feu «dojo» – qu’il décrit comme «notre version d’un colisée de gladiateurs» – et «la salle d’armures où les gladiateurs se préparent. C’est un espace dont les colonnes sont ornées de costumes de gladiateurs et qui baigne dans l’aura de ces armures vieilles de plusieurs millénaires.» L’un des décors sous-marins les plus impressionnants a occupé l’intégralité du plateau 8 des studios: une épave de galion disparaissant sous les algues et les coquillages. Mais Bill Brzeski confie que son décor préféré reste celui du «temple du roi mort», une structure pyramidale érigée dans un coin du plateau 9 sur laquelle le roi Atlan siège sur son trône, ses mains froides et sans vie serrées autour de son trident sacré. «Le temple est une structure caverneuse en forme de dôme, un énorme creux sous la surface terrestre», dit-il en décrivant cette architecture essentielle construite contre des rideaux de fonds bleus de 10 mètres de haut, lesquels allaient permettre au département des effets visuels de créer cet arrière-plan vertigineux. «C’est un lieu magique dans l’histoire, un ‘voyage au centre de la Terre’version océanique.»

LE MOT DE LA FIN

La production du film a mobilisé les technologies les plus récentes: «Il y a seulement dix ans, j’aurais estimé que mettre en œuvre un film pareil était impossible», estime le superviseur des effets visuels Kevin McIllwain. «On a utilisé les appareils tout nouveaux, comme des caméras ‘MoCap’de capture de mouvement et le procédé de ‘production visuelle’, ce qui nous a permis de regarder dans la caméra et de cadrer les plans. L’acteur est là, peut- être assis sur une plate-forme mobile pour simuler la créature sous-marine qu’il chevauche. On peut ensuite regarder à travers la caméra et voir ce qu’il chevauche et l’environnement dans lequel il se trouve.»  Mais c’est à James Wan que revient le mot de la fin: «Je pense que c’est une histoire d’une grande actualité, qui évoque des thématiques qui nous parlent et qui reflètent une réalité du monde contemporain. Selon moi, toute histoire de super héros doit être divertissante et nous transporter dans une aventure extraordinaire. Mais elle doit aussi nous donner un éclairage sur ces personnages et nous faire comprendre qu’en fin de compte, tout le monde a la possibilité de faire le bien. Et qu’on n’a pas nécessairement besoin d’une cape pour y parvenir !»