Blanche Comme Neige

En salle le

10 avril 2019

De

A. Fontaine

Avec

L. De Laâge, I. Huppert, C. Berling

Genre

Comédie (1 h 52)

Distributeur

Impuls

Claire, jeune femme d’une grande beauté, suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère, qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, elle va éveiller le désir de sept hommes.

Le conte est bon

Signée Anne Fontaine, une variation malicieuse, sensuelle et moderne sur l’œuvre la plus connue des frères Grimm.

Le titre de votre film, une jeune femme « innocente », une « méchante » belle-mère… Vous détournez ouvertement « Blanche Neige » !

Les pommes rouges, la forêt, les animaux, sont effectivement conçus comme autant de points d’attache qui amusent le spectateur et le plongent, je l’espère, dans une complicité immédiate. Mais je voulais aussi qu’on se sente chahuté. À partir du moment où l’on voit Isabelle Huppert réclamer des pommes « Pink Lady » et s’observer dans le miroir de l’hôtel, on se doute que quelque chose de maléfique va se produire. Et on y revient dans le chapitre suivant.

D’où est née l’idée du scénario ?

Je venais de réaliser deux films plutôt sombres : « Les Innocentes » et « Marvin ». J’ai eu envie de créer un personnage féminin qui s’émancipe et aborde la sensualité sans notion moralisatrice ou mortifère. Une fille libre d’envisager des relations différentes, partageuse, avec un goût, un désir et un appétit emplis de joie de vivre et dont la gaité et l’humour seraient communicatifs. Il y a longtemps que cette fille me trottait dans la tête. Assez vite, je me suis amusée avec le chiffre 7. Au fur et à mesure de sa libération, mon héroïne allait rencontrer 7 hommes différents donnant matière à 7 portraits et avec lesquels elle vivrait 7 histoires distinctes. 7 semblait un bon chiffre.

C’est aussi le nombre de nains chez les frères Grimm…

Les réflexions autour des rencontres avec ces hommes m’ont rapidement menée au conte. Il y avait quelque chose de jubilatoire à mêler la trajectoire de cette jeune femme moderne aux codes d’un récit qui fait partie de l’imaginaire collectif et auquel on peut facilement s’identifier. C’était la promesse d’une comédie originale. Une Blanche-Neige rock’n’roll, ancrée dans un monde réel, mais déconnectée du naturalisme. Très loin de la femme sacrifiée qui fait le ménage, la cuisine et se retrouve totalement aliénée par les nains.

© Gaumont

Le personnage de la belle-mère que joue Isabelle Hupper ; qui voit sa beauté se faner et son amant s’éloigner, est plus humaine que dans la fable originelle… 

Je ne voulais pas qu’elle soit uniquement dans la méchanceté ou qu’elle ait pour seul objectif d’éliminer sa rivale. Elle souffre, elle a perdu l’amour de celui qu’elle aime, et c’est ce déficit affectif qui met sa violence en route. Derrière sa proximité avec le diable, elle a une certaine foi. Tout cela la rend ambiguë ; opaque et sensible en même temps. J’ai essayé qu’on l’aime un peu.

« Blanche comme neige » ne ressemble à aucun de vos autres films : comment faites-vous pour vous renouveler sans vous perdre ?

On me pose souvent cette question. À l’inverse, je me demande comment font les gens pour ne pas essayer de chercher de nouveaux enjeux ! C’est plus stimulant, non ? J’ai besoin d’être surprise par un nouveau projet, et même de m’y lancer avec une part d’inconscience, comme si la connexion s’effectuait au plus profond de moi en déclenchant une sorte d’urgence. J’ai déjà trois idées de films différents en tête et suis déjà sur le tournage du prochain, « Police », un film métaphysique sur la police qui réunit Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois et Payman Maadi, l’acteur d’« Une séparation » d’Asghar Farhadi. Je ne fais pas exprès d’avoir un rythme de travail aussi soutenu. Les idées et les circonstances se présentent : j’y vais !