Creed 2

En salle le

9 janvier 2019

De

STEVEN CAPLE Jr

Avec

MICHAEL B. JORDAN, SYLVSTER STALLONE, DOLPH LUNDGREN

Genre

Drame (1h57)

Distributeur

Warner

Adonis Creed est à la croisée des chemins. Et l’enjeu de son prochain grand combat est d’autant plus élevé que son rival est lié au passé de sa famille. Mais il peut compter sur la présence de Rocky Balboa à ses côtés.

Deux poings, c’est tout !

La suite très réussie du déjà formidable “Creed”  perpétue l’esprit de la saga “Rocky” avec un sacré punch.

Avec “Creed– L’Héritage de Rocky Balboa”, immense succès critique et public en 2016, c’était un défi a priori insurmontable qui avait été relevé : rester fidèle à l’esprit et au style de la saga “Rocky”, tout en y apposant sa patte. À l’image de son jeune protagoniste, Adonis Creed, qui cherchait à créer sa propre légende tout en marchant dans les brisées de son père, champion du monde poids-lourd, qu’il n’a jamais connu.

ROCKY ET SA SUITE

Grâce au personnage d’Adonis – fils illégitime d’Apollo Creed, adversaire de Rocky devenu par la suite son coach et ami–, le film a donné un nouveau souffle à la franchise imaginée et immortalisé par Sylvester Stallone en revenant à ses origines : s’attacher à la trajectoire d’un outsider. Le portrait sans concession d’un jeune boxeur cherchant à réaliser son rêve, mais aussi en pleine quête d’identité, a séduit toute une nouvelle génération. Un public qui n’était sans doute pas né quand “Rocky”, en 1976, s’est révélé le film le plus lucratif de l’année, a raflé trois Oscars (dont celui du meilleur film) et  lancé la carrière de Stallone. Après six longs métrages sortis entre 1976 et 2006, sans oublier “Creed” bien sûr, c’est la thématique de la renaissance – et la force émotionnelle du rapport père-fils – qui a poussé la production à imaginer une suite. “C’était une idée magnifique d’imaginer le personnage d’Adonis Creed”, s’enthousiasme Irwin Winkler, qui a produit l’ensemble des films de la saga. “Il était donc logique que l’étape suivante consiste à projeter le protagoniste dans l’avenir, à fouiller ses rapports avec Rocky, Bianca –la femme de sa vie – et sa mère adoptive Mary Anne, et à montrer comment il s’en sort une fois devenu une star montante de la boxe”.

LES FANTÔMES DU PASSÉ

Dans “Creed II”, Adonis, qui cherche à s’approprier l’héritage d’un père qu’il n’a jamais connu, affronte celui-là même qui a tué Apollo… Et les propres traumatismes de Rocky Balboa, plus de trente ans après. Tandis qu’il décroche le titre de champion poids lourd, à la suite de son père et de son mentor, il s’interroge sur le sens de cette réussite. Se bat-il pour lui-même ou pour ce père qu’il n’a jamais rencontré ? Entre-temps, un homme, venu d’Ukraine, oblige notre héros à revenir sur son passé : Ivan Drago, qui a tué Apollo Creed sur le ring avant de perdre face à Rocky au cours d’un match légendaire entre les États-Unis et l’Union soviétique. En perdant ce match, il a tout perdu – et son fils Viktor a été élevé à la dure et a grandi dans la haine tout en s’initiant à la boxe. Lorsqu’Adonis remporte le titre de poids lourd, Ivan et Viktor Drago y voient une opportunité : ils sont résolus à le vaincre pour racheter l’honneur de leur famille.

LA HAINE EN HÉRITAGE

“Je crois vraiment que la vie est cyclique, et que la roue tourne”, déclare Sylvester Stallone, qui avait jadis envisagé de s’attacher au parcours de Drago dans l’ex-Union soviétique, après sa défaite cuisante face à Rocky. Quand la saga a commencé à explorer les thématiques de la paternité, de la maternité et des rapports père-fils évoqués dans le premier “Creed”, il a repensé à Drago. “En m’attelant à l’intrigue de ‘Creed II’, je me suis dit que ce nouvel opus parlerait des fautes du père, et qu’Adonis ne serait pas le seul fils à porter le poids d’une hérédité”, poursuit-il. “Du coup, je me suis posé les questions suivantes : et si Ivan Drago avait un fils ? Quelle hérédité l’aurait-elle marqué ?” Et il ajoute : “Dans ‘Creed II’, le passé de Rocky le rattrape, tout comme Adonis qui s’y retrouve mêlé puisqu’il s’agit de l’homme qui a tué son père. C’est aussi l’épisode le plus terrible de la vie de Rocky puisqu’Apollo l’a remplacé dans le match-exhibition face à Ivan et qu’il en est mort. Par conséquent, Adonis estime qu’il doit affronter Viktor, le fils d’Ivan, pour venger son père. Quant à Ivan, après avoir été défait face à Rocky, il a tout perdu et n’a eu de cesse d’attiser la haine et la vengeance chez son fils.”.

LE CHOC DES GÉNÉRATIONS

La volonté d’Adonis de venger la mort de son père sur le ring en affrontant le fils d’Ivan Drago semblait une progression évidente, voire inévitable, dans le parcours de ce personnage complexe. C’était aussi une manière pour lui de se poser les bonnes questions sur sa vie, son identité et ses motivations pour se battre sur le ring. “Je me suis dit que c’était une thématique intéressante, presque shakespearienne”, reprend Sylvester Stallone. “C’était aussi la possibilité de faire se croiser deux générations différentes et deux personnages légendaires”. Dans le film, Adonis est à l’aube d’une nouvelle vie puisqu’il fonde une famille avec Bianca. Pour lui qui a grandi sans figure paternelle, le match qui l’oppose à Viktor Drago est comme la pièce manquante d’un puzzle émotionnel. “Tout s’est mis en place dès lors que Sylvester a eu l’idée d’introduire le personnage de Drago”, note Michael B. Jordan, également producteur exécutif de “Creed II” “Il était logique qu’Adonis devienne boxeur comme Apollo, et que Viktor se batte à la manière de son père à lui. Dans le milieu de la boxe, les fils de boxeurs passent une grande partie de leur enfance dans la salle d’entraînement en train d’observer leurs pères, et deviennent souvent boxeurs à leur tour. C’était une idée géniale”. Une idée qui par ailleurs permet de réunir plusieurs éléments dramaturgiques et personnages de la saga “Rocky”.

SCULPTURE PHYSIQUE

“Creed II” fait ainsi monter les enchères pour les protagonistes, tout en offrant aux spectateurs les scènes d’entraînement et de combat dignes de la saga sportive la plus populaire de l’histoire du cinéma. On découvrira ainsi le match de championnat opposant Adonis à Viktor au Stade olympique de Moscou, et un camp d’entraînement rudimentaire situé dans la Vallée de la Mort (Californie) où Rocky emmène Adonis. Michael B. Jordan explique que lorsqu’il a découvert son partenaire, ennemi juré et adversaire Florian “Big Natsty” Munteanu, il s’est exclamé : “Dans quelle catégorie est-ce qu’on va se battre ? Il est gigantesque !” Pendant la pesée, Munteanu se souvient qu’ils étaient tous les deux conscients qu’ils allaient devoir travailler pour espérer se battre dans la catégorie poids lourd. “Je crois bien que Mike pesait environ 86 kg et qu’il faut faire au moins 90 kg pour être poids lourd”, se rappelle Munteanu. “Il pesait 22 kg de moins que moi”. Pour surmonter cet écart, Munteanu a dû perdre du poids, et Jordan s’étoffer. “Je n’ai sans doute jamais été aussi baraqué”, s’amuse ce dernier. “Je suis plus imposant que dans le premier “Creed” et “Black Panther”. Tout est affaire d’entraînement. Un boxeur doit avoir une certaine allure et peser un certain poids. Pour être à la hauteur, on a intensifié les exercices de cardio, en parallèle de l’entraînement à la boxe, ce qui représente un gros effort physique – sur un rythme de deux fois par jour, tous les jours pendant six semaines”.

L’ESPRIT DE CORPS

Tout comme lui, Munteanu souhaitait, pendant la préparation, acquérir la force et l’endurance dont il aurait besoin pour les longues de tournage des scènes de boxe. “Il fallait que je sois baraqué, mais que je fasse fondre aussi ma graisse”, explique-t-il. “Je campe le fils de Drago, si bien que je devais être intimidant physiquement, plus grand et plus imposant qu’Adonis. Je remplissais parfaitement ces critères. Je ne me suis jamais senti autant en forme”. Boxeur professionnel, il ajoute que la capacité de concentration et l’éthique professionnelle qu’il a acquises étaient un atout. “Quand on est un sportif professionnel, il faut toujours de la détermination, de la concentration et beaucoup de travail. Chacun est responsable de son niveau, en fonction des efforts et de la concentration qu’il est prêt à consentir. Et pour un film comme celui-ci, il faut une sacrée concentration ! Je n’avais jamais vécu une expérience d’une telle intensité sur une aussi longue période auparavant. Il faut se souvenir des gestes, mais aussi exprimer toute une gamme d’émotions”.

DU BALLET !

Pour un boxeur professionnel, habitué à asséner des coups et non à les retenir, l’apprentissage de la chorégraphie combats pour les besoins d’un tournage n’a rien d’évident. “Il s’agit de ne pas faire mal et d’esquiver les coups”, précise Munteanu. “C’est différent d’un match de boxe”. Sous la supervision d’un coach réputé, les deux hommes ont ainsi progressé étape par étape, s’engageant dans ce que Michal B. Jordan appelle un “ballet violent, une sorte de danse brutale que nous répétions jour après jour. C’était un entraînement extrêmement intensif, mais qui s’est avéré efficace”. S’il s’agit d’abord d’esquiver les coups, un match de cinéma se démarque d’un authentique affrontement sur le ring dans la mesure où il faut tendre les bras et asséner des frappes plus amples et plus longues – à l’inverse des gestes serrés et lents des vrais boxeurs. “Tout est une question de distance”, détaille Munteanu. “Bien évidemment, la distance pour un film est différente de celle requise pour un vrai match puisqu’il faut se positionner de sorte à éviter le contact avec l’adversaire. Il faut donc adapter son style”.

ANATOMIE D’UN COMBAT

Le coordinateur des cascades Daniel Hernandez révèle que sa collaboration avec le réalisateur s’est révélée formidable dans la mesure où ils ont imaginé seize rounds différents. Il tenait à ce que chacun d’entre eux ait sa propre “marque de fabrique” et s’intègre dans l’histoire, mêlant tactiques de combat et événements dramatiques pour entraîner le spectateur au cœur de l’action. “C’est un ballet violent, comme une sorte de chanson ou de chorégraphie”, explique le réalisateur. “Il y a un début, puis l’action va crescendo jusqu’au point d’orgue, et redescend jusqu’à la fin. On a imaginé cet enchaînement pour chaque round et inscrit ce schéma au sein de la chorégraphie des combats”. Daniel Hernandez a ainsi travaillé avec chaque comédien, s’inspirant de ses propres talents et forces pour concevoir son style de boxe. Les acteurs ont également visionné des matchs de boxe et observé les techniques de boxeurs, puis regardé les films précédents de la saga afin d’étudier des styles de combat existants, à commencer par “Creed” afin de se pencher sur le style mis au point par Michael B. Jordan. Après avoir travaillé séparément avec les deux principaux comédiens pour définir le rythme de la chorégraphie, Hernandez les a réunis afin qu’ils puissent élaborer ensemble le combat. Ils ont commencé par un round à six mouvements différents. “On a démarré très lentement, afin qu’ils puissent se connaître et se faire confiance, ce qui permet d’affiner le rythme et la cadence de la chorégraphie”, se souvient-il. “Au bout d’un moment, le mouvement devient très fluide. À partir de là, on peut prendre de la vitesse”. Pour Michael B. Jordan, “la dimension psychologique et l’attitude à adopter viennent ensuite. Au départ, il faut apprendre à se connaître, à nouer une certaine complicité, à se faire confiance sur le ring pour pouvoir envoyer des coups en étant très proches l’un de l’autre – et il faut avoir suffisamment confiance en l’autre pour savoir que ses coups sont assénés en fonction de ses propres mouvements et esquives, eux-mêmes en réaction aux frappes qu’on reçoit”. Son partenaire renchérit : “C’est pour cela qu’il nous a fallu trois mois de préparation avant d’échafauder cette confiance entre nous. On voulait que le résultat soit réaliste. Il y avait beaucoup de choses à garder en tête, et il fallait constamment évaluer les distances. Et pour avoir l’air crédible, il fallait que je frappe de toutes mes forces – en frappant dans le vide, pas Michael”. Sauf une fois, où un terrible crochet du gauche a atteint Michael B. Jordan. Mais cet incident en valait la peine. “Personne ne sait ce que c’est avant d’avoir vécu une telle expérience”, affirme Jordan. “Je ne parle pas seulement de la scène en tant que telle. Je parle aussi de tout le dispositif : l’entraînement, les longues journées de tournage où on boxe sans arrêt, la répétition de la chorégraphie, les coups qu’on se prend tous les jours. Très peu de gens vivent ça. C’est un club très fermé. Et Flo est maintenant comme mon frère”.