Edmond

En salle le

9 janvier 2019

De

ALEXIS MICHALIK

Avec

THOMAS SOLIVÉRÈS, OLIVIER GOURMET, MATHILDE SEIGNER

Genre

Comédie dramatique (1h49)

Distributeur

Impuls

Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes…

Si Cyrano m’était conté…

Vu dans « Intouchables », héros des « Aventures de Spirou et Fantasio », l’étonnant Thomas Solivérès incarne le créateur de Cyrano de Bergerac Edmond Rostand avec un sens de la métamorphose aux allures de révélation.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans la peau d’Edmond Rostand ?

Thomas Solivérès : Je connaissais le réalisateur d' »Edmond » Alexis Michalik depuis quelques années. Nous étions même devenus assez proches, mais, mis à part pour un court métrage, je n’avais jamais travaillé avec lui. Un jour, alors que nous étions allés voir un spectacle ensemble, il m’annonce qu’il envisage de monter sa pièce « Edmond » au cinéma, qu’il cherche son Edmond et qu’il aimerait beaucoup que je fasse des essais. Sur ce, il me tend un texte, assez long, et me dit que j’ai deux semaines pour l’apprendre. Le délai était très court, mais je pense qu’il voulait mesurer mon degré de motivation. Ce n’était pas mon premier grand rôle au cinéma, mais c’était le premier avec autant de profondeur et de caractère, qui plus est, dans un film d’époque.  J’ai travaillé d’arrache-pied, je suis allé passer les essais et je les ai réussis, en dépit d’un trac fou. C’était parti !  Savoir que j’allais jouer Edmond Rostand, le créateur de Cyrano qui est l’un des personnages les plus mythiques du Répertoire… J’étais sur un petit nuage.

Quel défi représente de tenir le role-titre d’un biopic ?

C’est fou, parce que depuis mes débuts, je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs, je rêvais d’un biopic. « Edmond » n’en est pas exactement un, mais presque. En tout cas, je me suis préparé à le jouer comme tel. J’ai lu tout ce que je pouvais trouver sur Rostand, sa vie, ses écrits, sa correspondance avec sa femme, son époque, son Paris, ses contemporains. Avec Alexis, on a beaucoup parlé de lui et de la façon dont il voulait que je le joue. À ce titre, la période « amont » du tournage a été passionnante. Je suis allé voir aussi les deux comédiens qui jouent « Edmond » au théâtre, Guillaume Sentou et Benjamin Wangermee. Il ne s’agissait pas pour moi d’emprunter quoi que ce soit à l’un ou à l’autre, mais de m’imprégner de l’ambiance et du rythme du spectacle, car le scénario est très proche de la pièce. L’Edmond de Guillaume n’a rien à voir avec celui de Benjamin, qui n’a pas non plus grand-chose de commun avec le mien, d’autant moins d’ailleurs qu’on ne joue pas pareil sur les planches et devant une caméra. Au théâtre on « porte » la voix, on extériorise beaucoup ; au cinéma, c’est tout le contraire, c’est la caméra qui vient vous chercher. Ce sont deux techniques de jeu très différentes. Je les aime autant l’une que l’autre. Dans mon parcours, j’essaie d’ailleurs de les alterner !

Par quell processus êtes-vous « devenu » Edmond Rostand ?

Mis à part que j’avais l’âge du rôle, Alexis ne m’a pas expliqué pourquoi il était venu me chercher. Mais, pour avoir étudié de fond en comble la personnalité de l’auteur de « Cyrano » et bien me connaître, il savait qu’entre lui et moi, il y a beaucoup de traits de caractère communs :  la peur de ne pas y arriver, l’absence de confiance en soi, l’exigence dans le travail, une grande propension à la rêverie, etc…Quand un acteur partage autant de choses avec un personnage, forcément il s’en sent proche. C’est ce qui m’est arrivé avec Edmond. Il m’a tout de suite été familier. Pour l’incarner, j’y ai mis beaucoup de moi. Quand le tournage a été terminé, j’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal à m’en défaire.

Vous avez aussi dû subir une métamorphos physique…

J’adore changer de tête et devenir quelqu’un d’autre. C’est pour ça que j’aime le métier d’acteur. Me transformer en Edmond a relevé à la fois du travail et du plaisir. On a commencé par trouver la moustache, et puis on s’est attaqué à la coiffure, ce qui a été plus délicat. Rostand perdait ses cheveux. J’en ai beaucoup. On me les a donc plaqués en arrière et on a creusé les golfes… Pour compenser son début de calvitie qui le chagrinait beaucoup, Rostand était toujours d’une élégance folle. On a donc soigné particulièrement mes costumes et mes chemises… Rostand était frêle, j’ai perdu un peu de poids pour paraître plus fragile… En outre, j’ai regardé de nombreuses gravures de mode de la fin du XIX°, et aussi quelques films. À cette époque-là, les gens avaient plus de maintien qu’aujourd’hui. Entre le maquillage, la coiffure, la pose de la moustache et l’enfilage des vêtements, chemise, gilet, veston, etc…, devenir chaque jour Edmond me prenait pas mal de temps. C’était comme un rituel. Cela ne m’a pas pesé, au contraire. Un costume est une porte d’entrée majeure pour entrer dans la peau d’un personnage. Au théâtre ou au cinéma, l’habit fait le moine. Les transformations physiques aident aux transformations psychologiques.

La diction d’Edmond Rostand est également très partculière…

Au début du XX° siècle, on ne parlait pas comme aujourd’hui. Les gens, et a fortiori les acteurs, avaient un phrasé très particulier, très enlevé. Avec Alexis, nous avons beaucoup travaillé ce phrasé. Pour lui, il était hors de question qu’on joue « modern », sans articuler par exemple, ou en marmonnant.  Comme il voulait aussi que l’on soit très précis sur le texte, Il n’était pas question non plus qu’on remplace un mot par un autre. Il était très exigeant également avec les élisions… Phrasé, diction, naturel, respect du mot juste…Pour tout cela, mon expérience du théâtre m’a beaucoup servi. Sur scène, où l’auteur est sacré, on apprend à restituer, à la virgule et au soupir près, des phrases parfois très longues et très lyriques.

Qu’avez-vous le sentiment d’avoir acquis au fil du tournage ?

Je n’ai pas suivi d’école d’acteurs.  Ayant tout appris sur le tas, mon savoir-faire est très artisanal. « Edmond » m’a beaucoup apporté parce qu’on était à la fois au théâtre et au cinéma. On jouait devant une camera, mais on était dirigé par un auteur et un metteur en scène de théâtre, un homme de troupe, de texte, de partage et de précision. J’ai aussi beaucoup regardé travailler les autres, notamment Olivier Gourmet. J’ai rarement vu chez un acteur un regard pareil, une telle écoute de l’autre. Avant de me retrouver face à lui sur le plateau, j’avais revu « Le Fils » des frères Dardenne. Il y est incroyable, impressionnant. C’est un acteur d’une densité, d’une simplicité d’une gentillesse et d’une humanité exceptionnelles. Il ne juge personne, il aide tout le monde. On peut en prendre de la graine. Je m’en souviendrai longtemps.

Et si vous nous donniez pour conclure un argument pour aller voir « Edmond » ?

« Cyrano », on l’oublie parfois, a été et continue d’être le plus grand succès du Répertoire du théâtre français. Je trouve que c’est une pièce sublime. Aucune autre ne parle avec autant de lyrisme, d’humour, d’ironie et d’émotion, d’amour, d’envie, de courage, d’élégance et d’héroïsme. « Cyrano » est une pièce gourmande et fougueuse, qui donne envie de vivre, d’aimer et de partager. Si on pouvait recevoir « Edmond » comme cela, ce serait formidable. Sa version théâtrale a connu et connaît encore un énorme succès. J’espère que le film recevra le même accueil.