Impulso

En salle le

16 janvier 2019

De

EMILIO BELMONTE

Genre

Documentaire (1h25)

Distributeur

Look Now !

«Impulso» nous raconte l’un des défis les plus captivants de l’histoire du flamenco moderne : la création du nouveau spectacle de la danseuse et chorégraphe espagnole Rocío Molina, artiste hors normes et transgressive, pour le Théâtre National de Chaillot à Paris.

L’âme du flamenco

Pour le réalisateur Emiio Belmonte, le flamenco est beaucoup plus qu’une simple « danse ». Bouleversé par la rencontre de l’artiste espagnole Rocio Molina, il lui consacre aujourd’hui ce que est sans doute le plus beau film jamais consacré au sujet. Il vous explique lui-même les racines de son splendide documentaire, priorité absolue pour les aficionados.

Rocio Molina a une colonne vertébrale puissante, alerte, et elle peut cambrer le dos dans une attitude fière puis, soudain, modifier la posture, lumineuse, le corps toujours arqué.  Lorsqu’elle exécute une pirouette rapide, buste incliné, cela produit un effet que je n’avais jamais vu chez aucun autre danseur de flamenco. Le tour fini, on a l’impression que le mouvement résonne encore dans son corps. Rocío Molina apparaît comme une figure essentielle, totalement libre dans sa pensée de ce que le flamenco peut ou doit inclure.“ Alastair Macaulay (The New York Times)

NAISSANCE D’UNE PASSION

« Je suis né à Almería, en Andalousie, il y a quarante ans. Ma famille n’était pas du milieu flamenco, mais mon père était tout de même un bon amateur. Il m’emmenait souvent dans les peñas et les festivals organisés dans la ville. J’ai vu danser et chanter la plupart des artistes des années 70, 80, 90. Le flamenco a été le socle de mon éducation artistique pendant mon enfance. Les “sonidos negros”, les « sons noirs » de Manuel Torre ou les fandangos de Chocolate me font pleurer encore aujourd’hui. Ces chants sont la mémoire d’une douleur partagée, une douleur dont on n’arrive à se débarrasser qu’à travers le chant et sa beauté sans nom. À 23 ans, je suis venu en France et je n’en suis plus reparti. J’ai découvert d’autres musiques, d’autres cultures. Et je me suis éloigné peu à peu du flamenco. Pendant des années, j’ai eu l’impression que j’avais changé mais que le flamenco était resté enfermé dans un monde qui n’était plus vraiment le mien : mes souvenirs de danse étaient associés à la chaleur de l’été, aux cris d’émotion du public, aux familles gitanes qui arrivaient des quartiers, des villages autour, des souvenirs de danse en plein air, de nuits étoilées, de soirées privées entre aficionados. Souvenirs d’un mystère qui nous enivre. J’étais fatigué de voir les mêmes danseurs tournés vers le passé, représentant toujours l’Andalousie et ses clichés folkloriques, ses castagnettes… J’avais l’impression que le flamenco devenait une danse enterrée dans mes souvenirs. Israel Galván d’abord, Rocío Molina ensuite, ont bouleversé ces certitudes. Leur courage et leur curiosité ont transcendé l’éternelle opposition entre tradition et avant-garde. Leur danse flamenco parle à l’homme que je suis aujourd’hui comme jadis le flamenco post-franquiste des peñas d’Almería avait parlé à l’enfant émerveillé. »

UNE RÉVÉLATION

« J’ai rencontré Rocío Molina au printemps 2015 et découvert une femme qui a soif de collaborations artistiques : danseurs, vidéastes, musiciens, architectes. La soif de l’autre. Nous avons longuement échangé sur nos parcours respectifs, sur sa méthode de création, sur le silence, le risque et le désir comme moteurs de la création. Le projet de consacrer un film à l’émergence de son geste flamenco arrivait à point nommé.
 « C’est le moment », a-t-elle avoué. Témoigner de cette alchimie laborieuse et saisissante arrive à un moment clé de sa carrière. Définitivement affranchie des étiquettes, Rocío partage son cheminement. Un cheminement qui nous amène dans ce film des premiers tâtonnements, des premières interrogations chaotiques jusqu’à la présentation de ce spectacle au Théâtre National de Chaillot où elle est artiste associée. Rocío Molina est devenue l’une des danseuses « contemporaines » elle n’aime pas toujours qu’on l’appelle comme ça – les plus admirées au monde aujourd’hui. Impulsive, charnelle, sauvage, dotée d’une technique qui éblouit, le mythe est peut-être déjà en construction : son énergie et sa grâce ont ébloui Mikhaïl Barychnikov qui, après l’avoir vue danser, s’est agenouillé devant elle dans les loges lors de sa chorégraphie Oro Viejo en 2010 au Festival Flamenco de New York. La clé, c’est l’envie d’aller plus loin, là où on ne l’attend pas, et d’entraîner dans ses pas la culture flamenca. Comment a-t-elle fait, à 25 ans, pour pousser ainsi les murs de la danse flamenco ? Ces murs de la tradition qui, comme dans une image kafkaïenne, répètent : « Tu ne passeras pas, tu ne passeras jamais, le flamenco a été créé dans la nuit des temps et tout ce qui s’écarterait n’est pas du flamenco. » Dans le film, nous assistons au déplacement du centre de gravité de la danse flamenco, ouverte désormais aux influences d’autres danses, d’autres thématiques. Peu de danseurs ont osé transgresser à ce point les thèmes classiques du flamenco, tels que l’origine magique du duende, le regard vers le passé et ses lois immuables, le deuil, la tragédie ou encore la domination masculine, pour s’intéresser à la sexualité féminine, la notion de limites et leur dépassement, l’humour, la mythologie ou la poésie du quotidien. »

Emilio Belmonte

La géniale danseuse Rocio Molina