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« Il y a du bonheur à dire à ses amis : “Je tourne à Miami” ! » – omar sy

Le Flic de Belleville

En salle le

17 octobre 2018

De

RACHID BOUCHAREB

Avec

OMAR SY, LUIS GUZMAN, FRANCK GASTAMBIDE

Genre

Comédie (1 h 51)

Baaba est flic à Belleville, au grand désespoir de sa copine qui le tanne pour enfin vivre avec lui, ailleurs, et loin de sa mère. Un soir, son ami d’enfance est assassiné sous ses yeux, et c’est à Miami que le conduira son enquête.

Pour son grand retour à la comédie, Omar Sy s’offre un polar « à l’américaine » qui devrait lui permettre d’atteindre les sommets du box-office.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans « Le Flic de Belleville » ?

Omar Sy : D’abord, le réalisateur Rachid Bouchareb est un homme enthousiaste qui sait communiquer sa passion et dont j’admire le travail de metteur en scène. Ensuite, jouer dans une comédie d’action a quelque chose de récréatif pour un acteur, et particulièrement dans ce projet qui se joue du fantasme du flic américain. Et puis, quel challenge de donner la réplique à un comédien américain dans mon anglais pitoyable !

Qui est ce Baaba que vous interprétez ?

C’est par excellence un gars de Belleville avec tous ses clichés : un Parisien dans l’âme, très attaché à son quartier, qui a quasiment « épousé » la communauté chinoise. Pour moi, c’est un « Chinoir » ! Il est droit, fidèle, pétri de valeurs et de principes… Un peu à l’ancienne, et ça le rend attachant. Il n’abandonne ni son quartier, ni sa mère !

Pourquoi n’arrive-t-il toujours pas à couper le cordon ?

Parce qu’il n’a pas fini de grandir ! Il n’a pas réussi à trouver avec sa mère la juste distance et conserve avec elle un lien particulier. On devine par leur différence physique qu’elle n’est pas sa mère biologique et que le drame qui les a rapprochés ne leur permet pas de se détacher. Mais ce qui fonctionnait bien quand il était enfant est devenu plus compliqué à l’âge adulte. Leur vécu n’est pas explicite et le film ne raconte pas tout. Du coup, pour entrer dans le personnage, je me suis imaginé son histoire.

C’est aussi un homme amoureux…

Oui, il est amoureux, mais son histoire d’amour est un peu bancale. Il va mûrir : il faut voyager pour grandir ! Et ce film est aussi un parcours initiatique : son périple lui ouvre d’autres perspectives, le conduit vers d’autres choses. Et moi, j’aime les films où un personnage suit un chemin qui le fait évoluer et l’amène vers une situation qui donne de l’espoir.

Est-ce que vous vous reconnaissez un peu en lui ?

Je comprends sa fascination pour l’Asie. Sa passion du kung-fu et du cinéma américain influence sa façon de vivre, et il y a là quelque chose d’attendrissant qui me séduit.
Mais nous sommes très différents : moi, je suis parti très tôt de chez moi, même si j’ai gardé un certain attachement pour ma ville natale et que je peux ressentir cette nostalgie de l’endroit d’où l’on vient. C’est pour ça que j’ai aimé raconter cette fidélité et cette difficulté à partir.

Comment avez-vous vécu le tournage à Miami ?

Il y a du bonheur à dire à ses amis « je tourne à Miami » ! Et ce sentiment était partagé par Rachid qui se lançait dans une comédie, hors de son registre habituel. Moi, j’étais dans un entre-deux cocasse : je vis aux États-Unis où j’ai tourné un film français avec des Français et un bout d’équipe américaine dans des décors américains ! D’ailleurs, ça m’a donné l’occasion de découvrir qu’un plateau américain fonctionne comme un plateau français.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

Les cascades ! Il m’a fallu m’entraîner au kung-fu, que je ne pratiquais pas ! Mais les performances physiques me motivent, et le travail m’a plu car l’équipe était formidable. On se serait cru dans la tour de Babel : sur le tournage, on parlait anglais, français, espagnol, chinois…

Comment Rachid Bouchareb vous a-t-il dirigé ?

La comédie est un genre nouveau pour lui, si bien qu’il nous a fait confiance, particulièrement à Luis et moi qui sommes des habitués du genre.
Rachid est ouvert, patient, attentif à ce qu’on lui propose, peu directif, presque permissif, mais quand une prise ne le satisfait pas, il nous demande des ajustements. Il s’adapte aux circonstances, il sait écouter, se laisser surprendre, et il obtient ce qu’il veut avec intelligence.

Mais qu’est devenu Fred ?

Pendant quinze ans, il a formé avec Fred Testot un binôme siamois digne des plus grands tandems comiques. De leur rencontre en 1997 sur les ondes de Radio Nova à leur apothéose sur Canal+ (le Visiophon, le SAV des émissions) en passant par leur spectacle au Casino de Paris, ils étaient devenus de pures idoles culte. Mais le phénomène « Intouchables » a profondément déséquilibré la donne. Devenu mégastar, Omar Sy a pris son envol artistique en solitaire, ne laissant que des miettes à son complice. De fait, après une rupture annoncée en 2012, la trajectoire de Fred Testot n’a jamais décollé. Second rôle dans « La Guerre des boutons », « Pattaya » et beaucoup d’autres comédies mineures, personnage de télé où il s’essaye parfois au drame, figure récurrente de spots publicitaires… « Je suis fou de joie pour lui », dit-il quand on l’interroge sur l’après-Omar et Fred. Mais au fond, on sent bien qu’il se retient d’ajouter : « Et un peu moins pour moi. »