Le Grinch

En salle le

28 novembre 2018

De

YARROW CHENEY, SCOTT MOSIER

Genre

Animation (1h45)

Croquemitaine de poils verts qui arbore un sourire jusqu’aux oreilles, le Grinch vit depuis 53 ans dans une grotte. Traumatisé par son enfance, il est peu à peu devenu un ermite grognon, doublé d’un méchant farceur détestant Noël et tout ce qui va avec.

En vert et contre tout !

Produit par le studio d’animation auquel on doit la triomphale saga “Moi, moche et méchant”, le grand retour du seul personnage qui n’aime pas, mais alors pas du tout Noël.

Voilà dix ans que, sous la direction de Chris Melandri, la compagnie indépendante américaine Illumination en fait voir de toutes les couleurs à Disney, Pixar, DreamWorks et autres géants de l’animation made in Hollywood. “Comme des bêtes”, “Horton”, “Le Lorax”, sans oublier bientôt le phénoménalement populaire “Moi, moche et méchant” avec ses multiples déclinaisons… Après la version live de 2000 avec Jim Carrey dans le rôle-titre, elle nous offre aujourd’hui une nouvelle version, virtuose, cocasse, ultra colorée, et en 3D s’il vous plaît, du “Grinch”, tirée du classique de la littérature enfantine signée Theodor Seuss Geisel, plus connu sous le nom de Docteur Seuss. Soit les manœuvres délirantes d’un petit bonhomme tout vert pour saboter chaque année l’esprit et la joie de Noël, une célébration qui lui sort littéralement par les yeux.

Souvenirs d’enfance

Le président d’Illumination avoue avoir toujours eu un penchant pour les personnages décalés et exécrables, surtout quand ils ont du plaisir à commettre leurs méfaits. Chez lui, les livres de Theodor Seuss Geisel étaient légion et “Comment le Grinch a volé Noël” ressortait toujours à l’approche des Fêtes, au point de devenir une tradition qu’il a entretenue quand il a fondé sa propre famille : “C’est parce qu’on les adore qu’on transmet ces histoires à nos enfants, et leur côté subversif y est pour beaucoup. Elles sont éternelles, il y a quelque chose de jouissif dans ce genre d’humour, et ce en dépit du nombre de fois que vous les avez lues. Audrey Geisel, la veuve de celui qui signait ses livres Docteur Seuss, travaille avec nous depuis longtemps à la production. Nous avons décidé ensemble que pour notre troisième collaboration, parmi toutes les options qui s’offraient à nous, ‘Le Grinch’ était tout désigné.”

De l’écrit à l’écran

Pour adapter cette nouvelle de soixante-neuf pages en un long-métrage en trois actes, il a fallu creuser le personnage central et développer les thèmes qui sous-tendent l’histoire en prenant grand soin de rester fidèle à l’esprit du livre et de ce qu’il dégage. “Nous avons essayé de nous mettre à la place de Theodore Seuss Geisel pour essayer de comprendre et retranscrire ce qu’il y avait entre les lignes, les intentions cachées derrière le texte”, explique Chris Melandri. Car le Grinch est un héros comme on en voit assez peu. Le cœur de son histoire résie dans la blessure qui a été infligée à l’enfant qu’il a un jour été. S’il a décidé d’éliminer la joie des foyers de ceux qui l’entourent, c’est qu’il en a lui même un jour été exclu. Cette idée ne fait pas partie de la nouvelle à la base, mais il est clair que le fait de se couper du monde, en refusant systématiquement de fréquenter ses pairs est une réaction émotionnelle violente à un acte qui a dû l’être d’autant plus. Une blessure si profonde que seul un être aussi pur et insouciant qu’une fillette, Cindy-Lou, peut soulager et ramener le Grinch sur le chemin de l’optimisme et de la joie de vivre. L’identification de cette blessure originelle permettait de montrer comment les mécanismes de compensation se mettent en place pour réparer la peine ou les manques qu’on a eus enfant. Dans le cas du Grinch, ces mécanismes sont assez extrêmes. Il s’est coupé du monde pour ne plus avoir à souffrir : du coup il ne peut évoluer car il ne peut pas dépasser ses propres réflexes de défense ni s’ouvrir afin de découvrir ce que la vie et surtout les autres ont à lui offrir. Tout le monde connaît ce processus à plus ou moins grande échelle, et le fait de voir ce qui est arrivé au petit Grinch aide à s’identifier à lui et mieux comprendre l’adulte qu’il est devenu, à le pardonner, à l’aimer et ainsi le guérir.

Vous avez un message

Pour cela, il était primordial que seuls les spectateurs soient au courant, et pas les autres personnages du film.  En effet c’est une histoire de pardon et de rédemption: les habitants de Chouville pardonnent le Grinch pour ce qu’il est et pas au nom de ce qu’il a été ou de ce qu’il a pu endurer. Ils n’ont pas besoin de justification, c’est un acte de pur altruisme. “Ils le pardonnent juste parce qu’il le leur demande, ils n’ont pas besoin de plus d’explications”, confirme Chris Melandri. “Ce film contient un message qui dépasse la salle de cinéma et continue de résonner bien après. C’est un message plein d’espoir qui montre qu’on peut guérir de ce genre de blessure en faisant tomber les murs derrière lesquels on se protège pour ne pas souffrir et qui nous emprisonnent plus qu’autre chose. Ici, le Grinch finit par abattre les murs de méchanceté qui le protégeaient.”

Au goût du jour

L’autre défi était de pouvoir adapter une histoire datant d’il y a 60 ans et d’en faire un récit captivant pour les générations modernes. Il fallait réussir à garder le côté intemporel tout en ayant une perspective moderne. Mais si la nouvelle de Geisel n’est en aucun cas coincée dans une période historique, les références visuelles à son histoire, comme le célèbre téléfilm des années 60 “Comment le Grinch a volé Noël” ou encore le film de Ron Howard déjà cité, ont pu évoluer avec le temps. “Nous avons voulu que les thèmes soient modernes et en relation avec notre actualité tout en gardant le côté classique de l’histoire, dit Chris Melandri.  Aujourd’hui, Chouville est ainsi devenu une vraie ville. Ce n’est plus la petite bourgade d’antan : elle a son supermarché, ses transports en commun, y compris les bus après lesquels les habitants courent pour ne pas être en retard, ses boutiques et ses bureaux. Tout ce petit monde s’électrise avec la magie de Noël: les lumières scintillent de tous leurs feux, les chanteurs des chorales de Noël font preuve d’un enthousiasme qui frôle l’agressivité. Tout le monde travaille maintenant à Chouville pour essayer de boucler les fins de mois, comme la mère de Cindy-Lou, Donna, qui fait le plein d’heures supplémentaires pour élever sa fille et ses deux jumeaux toute seule. Mais derrière ce fourmillement d’activité les Chous ont gardé ce qui fait leur qualité principale: leur bon cœur. “Nous vivons une époque très dure, où nous avons plus de défis que jamais à relever”, conclut Chris Melandri. “Des défis qui pourraient facilement nous rendre cyniques ou désespérés. La clé pour faire face à toutes ces épreuves est de rester optimiste quoi qu’il arrive, de rechercher et garder la joie. C’est ce qui se passe quand
on accepte ceux qui nous entourent. Mon plus grand plaisir est de raconter des histoires qui mettent en joie le cœur des gens quels que soient les moments qu’ils sont en train de traverser. Et j’espère toujours que mes films amèneront du baume au cœur des spectateurs.” Nul doute qu’avec ce “Grinch” truffé de gags, de séquences spectaculaires et d’émotions, il y est parvenu haut la main.