Le Mystère Henri Pick

En salle le

6 mars 2019

De

R. Bezançon

Avec

F. Luchini, C. Cottin, A. Isaaz

Genre

Comédie (1h40)

Distributeur

Pathé

Dans une étrange bibliothèque, une jeune éditrice découvre le manuscrit extraordinaire d’un inconnu qu’elle décide aussitôt de publier. Mais un célèbre critique subodore une supercherie littéraire et décide de mener l’enquête.

Sang d’encre

Enquête quasi policière sur une possible imposture littéraire : tel est le point de départ du très réjouissant film de Rémi Bezançon.

Pourquoi avez-vous décidé d’adapter le roman de David Foenkinos ?

Rémi Bezançon : Le principe de l’enquête littéraire m’a intéressé, un genre hybride assez inattendu. Et puis après quatre films plutôt introspectifs, j’avais envie de changer d’univers, j’étais arrivé à la fin d’un cycle. Dès que j’ai refermé le livre de David Foenkinos, je l’ai fait lire à Vanessa, avec qui j’écris mes scénarios.

Quel axe avez-vous choisi ?

Si on avait adapté le roman tel quel, avec ses nombreux protagonistes, cela aurait donné un film choral. On a préféré se concentrer sur l’un des personnages, celui du critique littéraire Jean-Michel Rouche qu’interprète Fabrice Luchini. Dans le livre, il n’apparaît qu’à la moitié du récit. On a voulu en faire le personnage principal et que ce soit lui qui mène l’enquête. C’est une variation de la même histoire, un autre point de vue

Quels défis avez-vous dû relever ?

Au début, l’enquête n’était qu’un prétexte pour nous, comme chez Hitchcock ou dans « Meurtre mystérieux à Manhattan » de Woody Allen, ce n’était qu’un moyen pour faire évoluer notre duo de détectives. D’autant plus jubilatoire qu’ils sont de parfaits amateurs qui passent leur temps à se contredire. Mon principal défi, finalement, était de mettre en scène un paradoxe : on court tous après la vérité, mais on survit grâce aux illusions que l’on crée.

Le Mystère Henri Pick
Le Mystère Henri Pick

Mais normalement, ce prétexte ne représente rien, il n’a aucune valeur symbolique. Or dans le film, l’enjeu est un livre…

Oui c’est vrai, un livre est un objet autrement plus signifiant qu’un microfilm ou une valise de billets. Il nous a permis d’évoquer directement notre thème principal, l’inconstante frontière entre fiction et réalité.

Le film pointe avec ironie l’importance de la promotion dans le parcours d’un livre…

L’histoire d’un livre ne suffit plus, il faut aussi raconter une histoire autour du livre. « Le roman du roman », comme dit Rouche. Le storytelling. En fait, le marketing rend la fiction exponentielle ! Les éditeurs, comme les producteurs d’ailleurs, doivent rester pour les auteurs des interlocuteurs passionnés artistiquement, ça me paraît essentiel. Le cinéma est un art collectif.

À quel moment avez-vous mis un visage sur le personnage principal ?

En lisant le livre, je visualisais déjà Fabrice Luchini dans ce rôle. Ensuite on s’est vu, on a discuté, on a pas mal rigolé aussi.

C’est votre première collaboration avec lui, comment vous y êtes- vous préparé ?

Durant les trois mois qui ont précédé le tournage, il me téléphonait tous les jours : « Tu as cinq minutes ? »Et hop il se lançait : « Séquence 48… » Il me jouait la scène en incarnant tous les rôles. De toute façon, le nerf de la guerre, c’est la préparation. Avec mon équipe, on met toujours en place un storyboard sur lequel on regroupe nos intentions, nos inspirations ; cela nous permet d’harmoniser bien en amont notre vision du lm. Une fois l’aspect technique balisé, je suis plus libre de me concentrer sur la direction d’acteurs.

Qu’attendiez-vous de vos comédiens ?

Du rythme. C’est fondamental en comédie. La seule indication que Billy Wilder donnait à ses acteurs c’était : « Plus vite ! » Camille Chamoux et Fabrice ont créé un duo très énergique. Sans tomber dans l’excès non plus. Je pense qu’un jeu en retenue offre au spectateur un espace pour ressentir ses propres émotions. Le rôle de Jean-Michel Rouche, cet homme de lettres passionné, étant assez proche de Fabrice Luchini, cette réserve était d’autant plus nécessaire. Il m’a dit : « Je ne veux pas être au maximum tout le temps. Pour certaines scènes, je serai en retrait. » Laisser la part belle à ses partenaires, c’est plus qu’élégant, c’est intelligent. Camille aussi a privilégié la sobriété en s’appuyant sur l’écoute et les regards. Elle a cette capacité de moduler son jeu d’instinct et peut passer de la comédie au drame avec une aisance exceptionnelle.

Le réalisateur Rémi Bezançon
Le réalisateur Rémi Bezançon