à la une

«Ce film est un pari. S’il fonctionne en salles, ça aura un fort impact sur les années à venir.» – VIncent Cassel

L’EMPEREUR DE PARIS

En salle le

19 décembre 2018

De

JEAN-FRANÇOIS RICHET

Avec

VINCENT CASSEL, PATRICK CHESNAIS, AUGUST DIEHL

Genre

Aventures (1h50)

Distributeur

Ascot-Elite

Sous Napoléon, François Vidocq, le seul homme à s’être échappé des plus grands bagnes du pays, est une légende des bas-fonds parisiens. Laissé pour mort après sa dernière évasion, il essaye de se faire oublier, mais son passé le rattrape bientôt.

Dans cette palpitante superproduction historico-policière, Vincent Cassel retrouve le réalisateur qui l’avait conduit au César pour « Mesrine ».

Quelle image aviez-vous de Vidocq avant d’accepter le rôle ?

Vincent Cassel : Galvaudée, diffuse, et plutôt orientée par la prestation de Claude Brasseur dans l’adaptation télévisée que j’ai vue enfant. Je me souviens notamment de son chapeau haut de forme posé sur l’arrière du crâne. J’ignorais en revanche qu’avant de devenir policier puis détective, Vidocq avait été condamné au bagne, alors qu’il n’était pas un véritable voyou.

Quelle a été votre première sensation en découvrant le scénario ?

L’évidence ! Les producteurs ont pensé au binôme que nous formons avec Jean-François Richet et nous l’ont transmis simultanément. Jean-François et moi avions un projet sur la vie de Lafayette, lui-même contemporain de Vidocq. On baignait déjà dans l’époque. On a simplement eu à changer de projet.

Qu’est-ce qui a motivé votre envie de plonger dans cette aventure ?

Le point de vue, la narration, et le personnage. Comme pour Mesrine, on retrouve ici une figure à la fois très française et ambiguë. Vidocq peut être vu comme un héros populaire et un rebelle. C’est un personnage trouble, qui ne trouve pas sa place dans la société. Il fréquente la rue, la pègre, la police, le pouvoir… Sans appartenir à aucun de ces univers. Devenu policier, il est rejeté par les bourgeois en raison de son passé de bagnard, et la pègre le considère comme une balance. Vidocq est un déclassé en lutte perpétuelle avec sa propre identité. Tout à fait le type de rôle qui m’attire.

Comment composer un personnage qui porte en lui deux mondes antagonistes : bagnard et justicier ?

Dans le flou artistique qui l’entoure, en imaginant les cas de conscience qu’il traverse lorsqu’il est face à des choix. Ces héros bancals sont les plus passionnants à interpréter.

Quels points de vue partagiez-vous avec le réalisateur Jean-François Richet concernant la personnalité de Vidocq ?

Jean-François le voyait comme quelqu’un de très populaire. C’est vrai. Il l’est. J’étais d’accord. Mais il me semblait important de trouver un juste milieu car Vidocq est tout, sauf un rustre. Il lit, il écrit, il a lui-même rédigé ses Mémoires. C’est un type capable de s’adapter à tous les milieux s’il en a envie. Il sait faire preuve de raffinement.

En quoi Vidocq reste-t-il un héros moderne ?

Il est brillant. Son histoire est passionnante. Son parcours incroyable. Il est en lutte contre lui-même, échappe à son milieu, entreprend des choses extraordinaires pour changer

Y a-t-il un plaisir d’enfant à incarner les justiciers ?

Jouer au gendarme et au voleur, je l’ai fait. Je ne le vis plus de la même manière. Les scènes de baston sont là. On s’est démené pour qu’elles soient belles. Mais ce n’est pas ce qui me motive le plus. Aujourd’hui, mon plaisir se situe ailleurs. Plus que de courir après des types pour leur filer des pêches, ce qui m’excite, c’est de tenter de comprendre mon personnage, de l’explorer. Sans verser dans le cliché de l’acteur ténébreux, c’est l’aspect dramatique du rôle qui suscite mon intérêt.

Quels sont les défis que vous souhaitiez relever ?

Ce film est un pari. Pour comprendre, il faut connaître les enjeux. Nous vivons un moment de mutation qui revient environ tous les quinze ans dans le cinéma. Tellement de choses ont changé : le mode de financement, le public, les supports. Dans ces phases de transition, les gens du métier font attention à leurs billes, se montrent frileux. Beaucoup n’investissent que dans ce qui marche déjà aujourd’hui : les comédies fédératrices qui nous rassurent sur notre environnement social et culturel. « L’Empereur de Paris » fait le pari inverse : celui d’investir massivement dans un film qui n’est pas une comédie plus ou moins formatée par les chaînes ou les financiers. Si un tel film fonctionne en salles, ça aura un fort impact sur les années à venir. Ça mettra du beurre dans les épinards et permettra à des projets différents de se monter.
Pour ça, je dis bravo aux producteurs Éric et Nicolas Altmayer. Ils se sont lancés. Bravo aux financiers qui ont joué le jeu, et à tous ceux qui ont participé à ce film. Je suis fier d’en faire partie. Parce qu’on est en train de se battre pour quelque chose d’important. Et c’est ce qui me donne l’envie de faire du cinéma encore aujourd’hui.

Vidocq pourrait d’ailleurs vous conduire dans d’autres aventures ?

Oui ! Il a le potentiel pour exister sur plusieurs films. Mais il faut d’abord voir comment sera accueilli celui-ci. En tout cas, Jean-François et moi ne voulions pas d’un film d’auteur âpre et passéiste. On a dès le début eu envie de faire de « L’Empereur de Paris » une fresque populaire. Avec du souffle !

Info en plus

« L’Empereur de Paris » est un projet d’autant plus risqué que le dernier film consacré à Vidocq, avec Gérard Depardieu dans le rôle-titre, avait été un redoutable échec artistico-commercial en 2000.