Mon Bébé

En salle le

13 mars 2019

De

L. Azuelos

Avec

S. Kiberlain, T. Alessandrin, V. Belmondo

Genre

Comédie dramatique (1h27)

Distributeur

Pathé

Héloïse est mère de trois enfants. Jade, sa « petite dernière », vient d’avoir 18 ans et va partir continuer ses études au Canada. Au fur et à mesure que le couperet du baccalauréat et du départ de Jade se rapproche, Héloïse se remémore leurs souvenirs.

Mère/fille : mode d’emploi

Lisa Azuelos , la réalisatrice de « LOL », s’intéresse aujourd’hui une mère confrontée à l’émancipation de sa file adolescente.

De « Comme t’y es belle ! » « LOL » en passant par « Une Rencontre », vos films ont souvent une dimension autobiographique. Est-ce aussi le cas pour « Mon bébé » ?

Lisa Azuelos : J’aurais du mal à prétendre le contraire, d’autant qu’en plus, cette fois, ma fille interprète son propre rôle ! C’est comme ça que je fonctionne : je n’ai aucune imagination, mais quand il m’arrive quelque chose d’important, je prends ma vie, je l’essore, et je vois ce qui reste ! Ma chance, c’est que plus je parle de ma vie, plus les gens ont l’impression que je parle de la leur.

Pourquoi ?

Parce que je suis sincère, c’est la seule chose qui compte ! Je crois que nous passons tous plus ou moins par les mêmes émotions.Mmon travail, c’est de trouver les mots justes pour le raconter. Il s’agit de transmettre de l’amour, ni plus ni moins !

Vous avez donc eu l’idée du scénario au moment de l’ouverture de la lettre d’acceptation de votre fille de 17 ans dans une université canadienne ?

Non, ça s’est passé avant, en fait. Le premier déclic, ça a été le film « Boyhood ». La scène où Patricia Arquette est face à son fils qui ramasse ses affaires et part, l’air de rien, sans se retourner, m’a fascinée. Je me suis dit : « Alors c’est comme ça ? Un jour ils s’en vont, c’est fini, c’est ça, ce qui va m’arriver ? » Ma dernière fille était alors en première, elle parlait de postuler dans une fac au Canada, j’ai compris qu’il était urgent de me préparer à cette éventualité, donc j’ai commencé à la filmer avec mon téléphone. À tout filmer, en fait, tout le temps, pour qu’il reste une trace de cette vie de famille qui a été au centre de tout, pour moi, pendant 25 ans. J’ai des heures de vidéos, avec des tirades de Thaïs hilarantes : « Arrête de me filmer, maman, t’es flippante ! Au secours, pas au petit déjeuner, éteins ton portable ! », etc. Au début je voulais faire un film de ces heures de rushes mais finalement, j’ai écrit cette histoire, ça s’est fait naturellement. Dans mes vidéos, il manquait quand même un personnage important : la mère !

Cette mère, c’est Sandrine Kiberlain.

Dès le début j’ai rêvé qu’elle accepte le rôle, car des actrices françaises aussi douées qu’elle, capables de vous faire rire et pleurer dans une même scène, il y en a si peu ! Elle m’a donné son accord 48h après avoir lu le scénario. Quelle joie ! Je savais qu’elle serait fantastique dans le rôle de… Moi ! Je l’avais déjà croisée dans le privé ; et j’ai toujours senti qu’on se ressemblait pas mal, que mes mots résonneraient juste dans sa bouche…. En plus, Sandrine est une vraie gentille, ce qui était important car elle devait donner la réplique à une comédienne débutante. Elle a d’ailleurs été géniale avec Thaïs, bienveillante, encourageante, tendre… Suzanne, sa propre fille, était en terminale ; le sujet du film lui parlait, peut-être qu’elle aussi avait besoin de se préparer à son départ !

Qu’est-ce qui vous a poussée à engager votre propre fille ?

Après tous ces mois à filmer Thaïs avec mon iPhone, il était impensable qu’une autre actrice l’incarne, je l’avais trop dans la rétine ! Et elle avait déjà tourné des rôles secondaires, dans « LOL » entre autres, elle connaissait l’ambiance, les rythmes et les exigences de ce métier, et moi je n’avais aucun doute sur ses talents de comédienne. Mon travail a moins consisté à la diriger qu’à l’aider à se sentir légitime, au milieu d’acteurs confirmés. Ça s’e fait simplement, dans la douceur et la joie. Tout le tournage de « Mon bébé » a d’ailleurs été comme ça, je faisais des câlins au chef op, au premier assistant, comme si l’histoire qu’on tournait était contagieuse !

« Quel regard portez-vous sur la génération de vos enfants » ?

Je suis toujours épatée de leur humour et de leur débrouillardise, de leur « ton » si drôle, si rapide, dans un contexte pas franchement favorable pour trouver une place dans la société. Par rapport à ma génération, la grande différence, c’est évidemment qu’ils maîtrisent les outils qui donnent tant de mal à leurs parents. Ce sont eux qui nous apprennent à nous en servir, et ils sont tellement forts ! La scène où les trois enfants s’allient pour retrouver le portable de leur mère, je l’ai souvent vécue… La dernière fois, c’était à la fin du tournage de « Mon bébé » : comme d’habitude j’avais perdu mon iPhone, ils l’ont pisté dans tout Paris et me l’ont rapporté, comme dans le film. J’aime cette idée que les choses s’inversent, les enfants qu’on a tellement protégés vous protègent à leur tour. Mais c’est une génération confrontée à la vitesse folle des news, des réseaux sociaux, du zapping, du bashing, et je pense que ça rend l’individuation compliquée. C’est dur de savoir qui on est à cet âge, encore plus quand on n’est pas protégé par des relations familiales fortes de sens et d’amour.

La réalisatrice Lisa Azuelos
La réalisatrice Lisa Azuelos