MORTAL ENGINES

En salle le

12 décembre 2018

De

CHRISTIAN RIVERS

Avec

HERA HILMAR, HUGO WEAVING, ROBERT SHEEHAN

Genre

Fantastique (1h53)

Distributeur

Universal

Des centaines d’années après un événement apocalyptique, l’humanité s’est adaptée pour survivre en trouvant un nouveau mode de vie. Ainsi, de gigantesques villes mobiles errent sur Terre prenant sans pitié le pouvoir sur d’autres villes mobiles plus petites.

La dernière folie de Peter Jackson

Spécialiste incontesté des hyper spectacles tels « Le Seigneur des Anneaux », « King Kong » et « Le Hobbit », Peter Jackson a décodé de produire la monumental adaptation d’un best-seller de la littérature fantastique où des villes montées sur roues se livrent à une guerre sans merci.

Entre la publication du roman « Mécaniques fatales » et son adaptation cinématographique « Mortal Engines », dix-huit ans se sont écoulés. Mais grâce à l’implication de Peter Jackson, le réalisateur des triomphales trilogies du « Seigneur des Anneaux » et du « Hobbit », revêtu pour l’occasion de la double casque de producteur/coscénariste, ainsi qu’à l’avancée décisives des technologies en matière d’effets spéciaux, l’attente en valait largement la peine tant le résultat explose de grandeur, de beauté et de furie spectaculaire.

UNE IDÉE FOLLE

« La meilleure idée que je pouvais avoir, c’était celle d’une ville montée sur roues, mais je me demandais ‘Pourquoi est-ce qu’une ville serait montée sur roues ?’ Ça me semblait assez obscur », raconte Philip Reeve, l‘auteur du livre original. « Et puis je me suis dit qu’une ville serait montée sur roues pour pouvoir poursuivre une plus petite ville montée sur roues… Une fois que j’ai compris cela, tout le reste s’est imposé à moi ». De leur côté, Peter Jackson et ses partenaires, Fran Walsh et Philippa 
Boyens, ne cherchaient pas particulièrement à se lancer à 
nouveau dans un blockbuster futuriste lorsqu’on leur fit en 2005 parvenir le roman, devenu un best-seller de la littérature pour adolescents. « On nous proposait de nombreux projets après ‘Le Seigneur des Anneaux’ et beaucoup d’entre
eux appartenaient au registre fantastique », se souvient 
Philippa Boyens. « J’ai reçu un email de Peter qui me suggérait
 de jeter à œil au livre. Il ne m’a pas dit grand-chose d’autre
 car il voulait avoir ma véritable opinion. J’ai accroché dès la première phrase. Je lisais sans m’arrêter, j’espérais que j’allais tomber amoureuse des personnages, que la fin allait être géniale, et c’est ce qui s’est passé ! J’ai donc répondu à Peter en lui disant : ‘Cette histoire est extraordinaire.’ Et tout est parti de là. »

 

SUR LES RAILS

Dès le début, Peter Jackson a été fasciné par les idées et l’univers visuel de « Mécaniques fatales ». « La société s’est reconstruite à l’image de ce qu’elle était auparavant, sauf que les villes se sont mises à se déplacer », raconte-t-il. « Ce sont d’immenses cités tractées, comme Londres qui fait deux kilomètres de long. Elles poursuivent et chassent des villes plus petites sur un territoire qu’on appelle le Terrain de Chasse et qui correspond à peu près à l’Europe ». Et il poursuit : « En termes simples, les cités les plus puissantes dévorent les plus faibles. Les cités plus faibles mangent les petites villes et les petites villes mangent les tout petits villages. Cela semble être l’ordre naturel des choses. Quand l’histoire commence, cela fait mille ans que ça dure, c’est quelque chose de très établi. »  Il a été séduit par le concept des villes montées sur roues qui s’entre-dévorent, ainsi que par la force de ce récit qui parle d’amour, de compassion, de vengeance et de libération. WingNut Films, sa société de production, a donc acquis les droits d’adaptation, et la préparation de ce qui allait devenir « Mortal Engines » a débuté dès 2008 en Nouvelle- Zélande… Avant que le projet ne doive être mis en sommeil pendant quelques années, le temps Peter Jackson et son équipe s’attellent à la trilogie du « Hobbit ». Et après la sortie du dernier film de la saga en 2014, l’écriture et la mise en production de « Mortal Engines » purent enfin entrer dans leur phase active, avec à la mise en scène Christian Rivers, collaborateur de longue date de Jackson. « J’avais toujours voulu produire quelque chose pour Christian », explique ce dernier. « Et c’était le moment idéal. »

UN DÉFI MONSTRE

Cependant, Christian Rivers ne s’attendait pas à avoir l’opportunité de réaliser « Mortal Engines ». Comme il le dit lui-même, la proposition de Peter Jackson est arrivée « comme un coup de tonnerre ». Mais par chance, il était bien préparé. Il avait conçu le story-board du film plusieurs années auparavant et connaissait bien le projet. Pour autant, il avait bien conscience de son ampleur : « Comment vais-je réussir à en faire un film ? », s’est-il d’abord demandé. « Comment mettre en scène ces immenses cités mobiles et faire en sorte que les gens y croient ? Dans un livre, il y a un langage métaphorique, mais dans un film, tout doit être représenté à l’image ». Dès le début, Fran Walsh, Philippa Boyens et Peter Jackson ont compris que le scénario devait présenter aux spectateurs l’univers de « Mortal Engines » sans pour autant sacrifier le rythme et la fluidité de l’histoire. « Le secret, c’est d’expliquer aux gens comment ce monde fonctionne sans ralentir le récit », souligne Philippa Boyens. Ils savaient aussi que cet univers nouveau et complexe devait être ancré dans une histoire authentique et vraie sur le plan émotionnel.

ON TOURNE !

Le tournage proprement dit a débuté le 20 mars 2017 et s’est déroulé intégralement à Wellington, en Nouvelle-Zélande. L’équipe principale y a tourné pendant 86 jours, et une seconde équipe plus restreinte pendant 61 jours. Près de mille personnes ont collaboré au lm sur cette période, dont 98 % de Néo-Zélandais. Au cours d’une cérémonie maorie appelée « Pa- Whiri », acteurs et techniciens ont ainsi été accueillis juste avant le début du tournage aux Stone Street Studios par des locaux accompagnés d’impressionnants interprètes de danses chantées traditionnelles. « C’était une cérémonie franchement forte et émouvante », se souvient Hera Hilmar. « Il paraît que ça éloigne les mauvais esprits et que ça soude les visiteurs et leurs hôtes », raconte Hera Hilman, qui incarne l’héroïne du film. « Et c’est bien sûr fait pour porter chance. » Une fois sur le plateau, Christian Rivers reconnaît que les journées de tournage ont été plus complexes les unes que les autres, même s’il n’est pas totalement débutant en matière de mise en scène puisqu’il a dirigé l’équipe des renforts sur la saga du « Hobbit » ainsi que la deuxième équipe sur « Peter et Elliott le dragon ».

 

UN MONDE NOUVEAU

Toutes les grandes idées du scénario ont constitué autant de défis. « On est contraints par les lois de la physique, et on doit réfléchir à la façon dont la planète survivrait dans une telle situation », explique Christian Rivers, qui a travaillé pendant des mois pour créer un univers cinématographique reposant sur une logique interne constante. « Il doit y avoir toutes sortes de technologies insoupçonnées qui existent dans un tel univers, et de ce point de vue, on a de la chance que ça se passe dans le futur. On a passé un temps considérable à réfléchir à toute cette logistique. »  Dans ce monde du futur, la technologie numérique a été détruite et la communication analogique et les systèmes de transport l’ont remplacée. Des villes gigantesques sont désormais capables de se déplacer sans problème et rapidement sur un espace décimé, et des aérostats alimentés de gaz flottant leur permettent de traverser les cieux. L’univers de Philip Reeve a dans le livre a une esthétique « steampunk », ou rétrofuturiste : au départ, c’est ce que les producteurs visaient quand ils ont commencé à en développer l’adaptation en 2008. Mais quand ils se sont replongés dans ce projet après la trilogie du « Hobbit », ils ont considéré que cette esthétique était dorénavant trop répandue dans la culture populaire et décidé de changer de perspective. Pour autant, il ne s’agissait pas d’écarter les idées du romancier/illustrateur. « Il y a une fantaisie magnifique dans les dessins de Philip Reeve et on souhaitait les utiliser autant que possible », déclare le graphiste Nick Heller, jadis à l’œuvre sur « Avatar ». « Ils ont eu un impact très fort sur l’esthétique du film ».

DANS LE DÉCOR

Par chance,  Philip Reeve a été très réceptif aux innovations proposées par les artistes. « Cet univers ressemble de façon surprenante à ce que j’avais imaginé, et quand ce n’est pas le cas, c’est que c’est encore mieux », affirme-t-il « C’était extraordinaire de venir dans le département artistique et de voir les murs tapissés de ces images qui avaient hanté mes pensées pendant si longtemps ». Cette minutie et cette recherche du détail ont été poussées jusque dans les décors. « Le détail, c’est ce qui compte le plus », déclare le chef décorateur Dan Hennah. « Les décors et les accessoires sont essentiels quand on tourne en résolution 8-K. Au cinéma, il faut même en abuser, car sinon ça ne se voit pas quand on découvre le film en salle ». Au total, plus de 70 décors ont été créés pour « Mortal Engines ». Certains étaient entièrement construits en dur, tandis que d’autres étaient plus restreints, comportant des parties ajoutées par la suite grâce aux incrustations numériques sur fonds verts. Aucun décor n’a été entièrement créé en images de synthèse, précise le réalisateur, parce qu’il voulait faire en sorte que les acteurs aient « au moins un élément du décor qui soit réel, quelque chose qu’ils puissent toucher du doigt et qui les ancre dans la réalité. »

TOUT-TERRAIN

Le film s’ouvre sur le Terrain de Chasse Central, un paysage futuriste décimé qui correspond géographiquement plus ou moins à l’Europe. Construit à l’aide d’échafaudages, de polystyrène, de tonnes de terre et de peinture élastomère écaillée, le décor était un vaste paysage naturel comprenant des crevasses géantes. Celles-ci représentent les traces des chenilles laissées derrière elles par les Cités tractées destructrices. Les villes en elles-mêmes sont tellement gigantesques que marcher dans leurs traces donne, selon Dan Hennah, l’impression « d’être une fourmi dans les traces d’un camion ». Et comme ces cités tractées brisent la surface du sol avec leur poids et leur puissance, des objets appartenant au passé émergent souvent comme des détritus. « Si on creuse à deux mètres du sol, on tombe sur une couche du XXIe siècle et des objets comme des CD, des DVD, des sacs en plastique, et même des paquets de biscuits », détaille-il encore.

UNE VILLE-INSECTE

L’un des décors préférés des acteurs et des techniciens reste celui de la petite cité tractée appelée Scarapatte. Semblable un « lézard mécanique » ou à un « insecte à plusieurs facettes », elle  se rencontre en parcourant le Terrain de Chasse Central. « On dirait un crustacé sur pattes, camouflé et recouvert d’acier sur le dessus », estime quant à lui le sculpteur de maquettes Nick Keller « Il a aussi des extrémités fouisseuses et il se déplace sur le terrain en suivant les traces des autres villes. Il peut aussi se cacher sous terre ».

UN VAISSEAU ROUGE

L’une des créations les plus emblématiques du roman de Philip Reeve demeure le Jenny Haniver, l’aérostat rouge construit par une jeune femme pendant qu’elle était esclave dans une autre ville appelée Archange, avant les événements décrits dans le film. L’extérieur du vaisseau fait penser à un cerf-volant ou à un papillon géant. Sous les grandes ailes se trouve une immense cabine de bois chamarré qui lui donne un aspect nautique et qui mène à un vaste arrière-pont. À l’intérieur, sur le devant, on trouve un panneau de commande complexe devant un siège pivotant avec des manettes comme dans un hélicoptère. L’espace habitable est réduit avec une petite cuisine, une chambre et une sorte de salle de bains. On y trouve de nombreux objets personnels, des bibelots, des tableaux, des coussins et des panneaux de bois. L’ambiance est naturelle, confortable et d’inspiration asiatique et féminine. Même si le décor du Jenny Haniver a été construit sur une base mobile, une grande part des mouvements ont été obtenus en utilisant des trucages assez anciens: les techniciens des effets spéciaux tiraient, littéralement, des ficelles pour déplacer les éclairages et actionner des commandes afin de créer une sensation de déplacement sur le plateau.

UNE SUISSE DANS LES NUAGES

La fantastique ville de Port-Éden, qui flotte dans le ciel entre 1.500 et 3.000 mètres d’altitude, suspendue à de gigantesques ballons gon és d’une sorte d’hélium, a été l’un des décors les plus complexes à réaliser. « Port-Éden est une sorte de Suisse dans les airs », explique Philippa Boyens. « C’est tout d’abord un lieu pour les aviateurs des colonies statiques, mais on y trouve aussi des marchands-pilleurs et parfois des aérostats en provenance d’une cité prédatrice. Les armes à feu y sont interdites car un coup de feu pourrait détruire la ville: c’est un lieu de rencontre et d’échanges commerciaux, mais aussi un endroit pour les espions et les secrets, une foire aux rumeurs, aux bavardages et à l’information ».  Le décor de Port-Éden a occupé le plateau K tout entier, le plus vaste des Stone Street Studios où l’essentiel du fllm a été tourné. Il mesurait 70 mètres de long – la largeur d’un terrain de rugby – et il était ancré au plafond et au sol pour plus de sécurité. Pour le construire, le département artistique a réalisé la ville en 3D en utilisant un logiciel dernier-cri appelé HoloLens Holographic, qui utilise la technologie de la réalité augmentée. « La réalité augmentée est fantastique pour visualiser des structures absolument surréalistes », explique le designer Ra Vincent. « Les casques de visionnage permettent aux artistes de voir leurs dessins et leurs décors à taille réelle. Tout le monde n’est pas capable de travailler à partir d’une maquette en 3D, mais tout le monde peut le faire avec un hologramme ». Cette technologie a ainsi permis au département artistique de construire Port-Éden en images de synthèse puis les artistes ont pu visualiser le décor à travers les lunettes sur le plateau sur lequel il allait être construit. En voyant le décor dans l’espace réel, ils ont pu le modifier de façon adéquate avant que les plans ne soient dessinés.

 

LONDRES CANNIBALE !

Londres est la plus grande cité tractée du film. D’environ 1,5 km de large, 2,5 km de long et près d’1 km de haut, elle est divisée en sept couches. Le pont inférieur, alias les Entrailles, est l’endroit où les villes capturées sont ingérées : c’est de là que la cité tractée est propulsée, et c’est là que les détritus sont traités et éliminés. Plus on s’élève dans la ville, plus on y trouve de la lumière, et plus la vie y est agréable, jusqu’à atteindre le Haut Londres où les Londoniens des classes aisées résident. C’est là le cœur du pouvoir et qu’on trouve les monuments historiques emblématiques comme l’ancienne cathédrale Saint-Paul. « On connaît les monuments de Londres, mais il y a là quelque chose de nouveau et d’inédit », précise Nick Keller.  Ra Vincent, lui, voit une certaine ironie dans la manière dont fonctionne la ville : « Londres est une cité prédatrice, mais le pont inférieur ne sert qu’à subvenir aux besoins du pont supérieur. En quelque sorte, ils se dévorent eux-mêmes, comme s’ils obéissaient à un système cannibale ».

Sérieux candidat à de nombreuses nominations techniques aux prochains Oscars (décors et effets spéciaux sont a priori assurés de figurer parmi les finalistes), « Mortal Engines » est un spectacle colossal à découvrir sur le plus grand écran possible.