My Little One

En salle le

27 février 2019

De

F. Chofft Et J. Gilbert

Avec

A. Mouglalis, M. Demy

Genre

Drame (1 h 41)

Distributeur

Agora

Deux hommes dans la quarantaine ont répondu depuis l’Europe à l’appel urgent de Jade, une femme qu’ils ont chacun aimée à la folie. Les deux amis que la vie a séparés se retrouvent malgré eux aux Etats-Unis, en plein territoire Navajo.

Le grand voyage

Une quête romantique tournée dans les somptueux paysages du désert Navajo, filmée par le couple helvétique Frédéric Choffa/Julie Gilbert.

 Avec “My little One”, vous nous emmenez en plein territoire Navajo. Comment est né ce projet ?

Frédéric Choffat / Julie Gilbert : Nous avons reçu un prix pour notre précédent film à Hollywood et en venant le chercher, nous avons découvert l’Ouest américain. C’était l’excuse ou le déclencheur qui nous manquait pour continuer à filmer 
ces espaces de tous les possibles. Après “Mangrove” qui se déroulait en terre zapotèque, dans les marécages mexicains de la côte Pacifique, on voulait faire un film qui se passe dans la dureté et la sécheresse du désert.

Pourquoi avoir choisi de situer justement cette histoire dans le désert ?

Car les paysages fabriquent nos histoires. Dans le désert, tout est
à vue. On ne peut pas se cacher.
 Le désert oblige les gens à être eux-mêmes, et dans cette histoire, 
il fonctionne comme un hui s
clos à ciel ouvert, obligeant les personnages à se confronter, à
 aller au bout d’eux-mêmes. Il n’y a pas d’échappatoires possibles. Ce territoire entre en résonance avec cette interrogation récurrente dans nos films : “Jusqu’où faut-il parfois partir pour pouvoir se retrouver ?”  Et puis le désert est initiatique ! C’est un lieu magique. Le fait que Jade vive sur ce territoire – la réserve Navajo – renforce la dimension libre de ce personnage. Ce territoire fonctionne comme un lieu à part, avec ses propres lois, ses propres croyances. Jade incarne là une forme de liberté, une femme sans attache, vivant comme elle veut avec son enfant. Le trio qu’elle forme avec Alex et Bernardo  est aussi celui des questionnements. Qu’est-ce que la liberté à 40 ans ? Que fait-on des rêves de jeunesse ? Comment les transforme-t-on ?

Comment s’est fait le choix des acteurs ?

Le plus difficile a été de trouver Jade. Une femme dans la quarantaine qui incarne une sorte de folie un peu désillusionnée, rock, mythique, brûlée. La rencontre avec Anna Mouglalis a été une évidence. Par sa puissance, sa beauté, sa voix, son énergie, elle est rapidement devenue cette Jade. Vincent Bonillo était déjà dans nos têtes lors de l’écriture du film. Nous aimons le côté écorché qu’il a pu apporter au personnage d’Alex, la façon dont il porte les rêves de jeunesse, espérant encore qu’ils sont à venir. Quant à Mathieu Demy, nous l’avons rencontré à Los Angeles, et il est très vite devenu ce Bernardo, élégant, plus conventionnel, tout en gardant le romantisme d’une autre vie possible.

En choisissant de tourner en territoire Navajo, quel a été votre lien avec la population amérindienne ?

Tourner en décor réel avec des non-comédiens pour les autres personnages du film était essentiel pour nou s
et s’inscrit dans notre façon de travailler. Après avoir trouvé presque magiquement le mobile home de 
Jade au milieu du désert, nous avons réalisé un casting au cœur de la Nation Navajo où des gens de toute la réserve sont venus. C’est là que nous avons rencontré Zoël Zohnnie, Kody Dayish et Loretta Chino, les principaux personnages navajos du film. Notre lien au désert et aux Amérindiens est ancré dans notre histoire personnelle. Frédéric a grandi dans le désert marocain, et Julie,
 fille d’ethnologue, a passé une grande partie de son enfance
en lien avec différents peuples amérindiens au Mexique. Et c’est en voyageant ces dernières années en territoire Navajo que nous avons rencontré une population 
prise entre la modernité américaine d’un côté, et de l’autre un grand attachement à leurs terres, à leurs histoires, à leurs croyances. C’est là
 qu’il nous a semblé évident d’ancrer notre histoire, dans ce territoire où plusieurs réalités peuvent coexister. Car en dépit de ce monde qui petit à petit disparaît, quelque chose subsiste, de l’ordre du récit. Si on croit en la fiction, la fiction peut nous sauver.