Premières Vacances

En salle le

2 janvier 2019

De

PATRICK CASSIR

Avec

CAMILLE CHAMOUX, JONATHAN COHEN, CAMILLE COTTIN

Genre

Comédie (1h42)

Distributeur

Look Now!

Marion et Ben, trentenaires et parisiens, font connaissance sur Tinder. C’est à peu près tout ce qu’ils ont en commun ; mais les contraires s’attirent, et ils décident au petit matin de leur rencontre de partir ensemble en vacances malgré l’avis de leur entourage.

Pour le meilleur et pour le rire

Figure majeure de l’humour féminin français, Camille Chamoux est l’héroïne et la coscénariste de cette irrésistible comédie conjugale.

Le réalisateur du film Patrick Cassir est aussi votre compagnon ? Vous êtes-vous inspirée de votre propre expérience pour le scénario ?


Camille Chamoux : Les vacances et le couple, c’est un thème croisé qui m’a toujours fait rire : il est communément admis que les vacances sont la cerise sur le gâteau de l’année, alors que c’est clairement une mise à l’épreuve ! Depuis le choix du lieu et des modes de séjour, jusqu’aux envies forcément divergentes d’activités ou de non-activité, sans parler de l’ennui ou de la sensation de « so what ? », il faut être des génies de la vie pour ne pas s’engueuler ! Surtout maintenant que l’obsession de bien choisir son resto, son hôtel, sa destination, est devenue universelle, et survendue par Tripadvisor, Booking et Cie…

Ce qui est drôle, c’est que, moi qui ai toujours peur de m’ennuyer, j’ai le goût des voyages aventureux, et c’est comme une malédiction : j’ai toujours été en couple avec des casaniers au goût du risque limité et qui adorent le confort ! Initialement, j’avais l’idée d’écrire un scénario autour d’un couple déjà installé. Mais Patrick m’a convaincue de construire notre histoire autour d’un homme et d’une femme qui viennent de se rencontrer.

Ces vacances sont donc censées être un démarrage flamboyant pour eux. Seulement, quand on sait à quel point les vacances vous confrontent à l’inconnu, à la peur, à l’argent, à l’hygiène, et surtout que c’est le seul moment de l’existence où l’on passe réellement 24h/24 avec quelqu’un, c’est en fait le début d’histoire le plus casse-gueule qu’on puisse imaginer !

Et puis, pour peu que vous soyez un tantinet observateur, les voyageurs d’aujourd’hui, l’esprit du voyage moderne, sont une source de comédie inouïe… À un moment de ma vie où j’étais célibataire, j’étais partie un mois en Inde et un mois au Panama. Lors de ces deux voyages, j’ai beaucoup fréquenté les webcafés, les guest-houses, et j’ai pu observer les backpackers qui louaient leur appartement une fortune à Paris pour pouvoir voyager à bas coût dans les pays pauvres. J’ai été marquée par ces incohérences, qui sont venues nourrir notre sujet.

Le film est traversé par cette idée qu’il faut vivre des aventures, oser se libérer et tenter des expériences…


Oui, et la vraie aventure c’est celle qu’on ne contrôle pas, qu’on ne prévoit pas ! Il y a une frénésie contemporaine à vouloir vivre des choses excitantes, mais de manière très cadrée et sans contrepartie. Or la liberté et la découverte de l’inconnu sont des sensations qu’on ne peut pas acheter et contrôler totalement. Comme l’amour, d’ailleurs ! D’où l’envie de croiser la comédie romantique et le thème du voyage, qui requièrent à mon humble avis la même disponibilité mentale, la même ouverture, la même adaptabilité, pour ne pas virer au cauchemar. C’était très jouissif à écrire.

Cela se sent dans vos spectacles : vous êtes une observatrice. Et votre personnage, qui est dessinatrice, l’est aussi.


C’est vrai ! Marion est une vraie curieuse, et comme moi, elle ressent la nécessité professionnelle de maintenir cette curiosité toujours en éveil, cette envie de rencontrer des gens nouveaux, d’observer d’autres manières de vivre : c’est de la pâture pour son inspiration !

Je peux passer des heures à discuter avec des inconnus dans des cafés ou en vacances, j’aime susciter des conversations impromptues, ce qui fatigue parfois mon conjoint ou mes amis… C’est un trait de caractère qu’on s’est amusé à décupler chez notre héroïne. En revanche, Marion est moins dans l’analyse permanente de ses observations, c’est un personnage plus instinctif. Moi, je fais des théories sur tout, et il y en a beaucoup dans mes spectacles, mais Patrick voulait que Marion incarne ces théories plutôt qu’elle ne les exprime.

Dans le scénario, beaucoup ont été gommées et remplacées par des actions. En tout cas, pour aborder de la façon la plus juste et la plus drôle possible les vacances en couple, l’observation de nos travers et de ceux de nos proches était le fondement de notre écriture. Nous n’avions, bien sûr, pas la prétention de réaliser un grand film sociétal, mais nous avions envie de décrire, avec justesse et sincérité, une réalité des sentiments amoureux, des vacances aujourd’hui et de ce que tout cela charrie ; envie de montrer au cinéma les nouvelles façons de se rencontrer, les nouvelles façons de voyager, les nouvelles façons de vivre, qui sont vraiment les nôtres et qu’on ne retrouve pas forcément dans les films.

Le fait d’écrire un personnage que l’on va incarner a-t-il quelque chose de particulier ?


C’est évidemment un territoire de liberté formidable ! Mais il se trouve que, quand j’écris, je ne pense pas du tout à la manière dont je vais jouer les scènes. D’ailleurs, à l’écriture, nous avons beaucoup plus soigné le personnage de Ben que celui de Marion, qu’il a fallu reprendre avant le tournage : rien de plus difficile, en fait, qu’un personnage que vous pensez « proche de vous ». Surtout que Patrick voulait montrer chez Marion des choses que je ne montre jamais en public, et que je n’exploite pas tellement dans mon jeu ni dans mes personnages comiques. Le point positif, c’est qu’être actrice vous amène à apporter un soin particulier aux dialogues : quand nous écrivions, je les lisais beaucoup à haute voix pour vérifier que rien ne soit figé. Et j’ai éprouvé un immense plaisir, bien sûr, à jouer notre partition sur le plateau par la suite.

Marion, votre personnage, se caractérise par son enthousiasme forcené…


Pour le coup, c’est vraiment quelque chose qui m’appartient profondément. Je trouve que c’est la moindre des politesses d’être enthousiaste, et parfois je le suis envers et contre tout, ce qui a tendance à exaspérer les gens. Ce n’est pas qu’une qualité, car cela impose un optimisme qui confine parfois à la malhonnêteté. C’est aussi une attitude qui peut conduire au désenchantement. Marion est faite de ça ; moi aussi. D’une façon générale, on ne va pas vous cacher qu’on est beaucoup parti de nous pour nourrir Marion et Ben, et d’amis proches, qui, j’espère, ne se reconnaîtront pas trop !

Comment avez-vous joué avec la part de romantisme inhérente à la « romcom », mise à mal lors des péripéties que vivent vos personnages ?

Il s’agissait de plonger deux personnes qui viennent de se rencontrer dans des situations antiromantiques. Le voyage permet de faire dériver la comédie romantique, d’en faire une « comédie romantique déplacée ». Comment peut-on tomber amoureux dans des circonstances qui vous confrontent au prosaïsme et à la trivialité ?

Comment définiriez-vous le romantisme d’aujourd’hui ?

Le romantisme, c’est déplacer ses limites, c’est aller vers l’autre. La temporalité de la modernité est antiromantique, mais rien n’empêchera la magie et l’émotion d’une vraie rencontre. Le film débute dans un taxi où Marion est sur Tinder et où ses copains exercent leur cynisme sur les rencontres virtuelles… Mais la rencontre opère et suscite une émulation des cerveaux. Il est là, le romantisme ! Quelque chose se réveille en Marion et Ben lorsqu’ils se rencontrent, malgré ou plutôt grâce à tout ce qui les oppose. C’est aussi ça que permet Tinder, qu’on juge facilement comme prosaïque ou antiromantique, mais qui, en fait, permet à des gens qui ne sont pas du même milieu de se fréquenter… Leur humour à chacun étonne l’autre et le romantisme se niche là, à mes yeux.

Que retirez-vous du tournage ?

Je garderai un souvenir ému de l’ensemble de ce tournage. C’était tellement bien à vivre, humainement et artistiquement, que nous sommes immédiatement repartis dans l’écriture d’une « suite », inspirés et impatients, alors que le film n’est même pas sorti ! Les séquences d' »aventures » ont été particulièrement mémorables : pour la scène du canyoning, quand nous sommes arrivés sur le décor, que nous avons vu la falaise à pic et que nous avons compris qu’il fallait y aller, nous avons eu peur ! Mon partenaire Jonathan Cohen était terrifié ! Patrick a voulu capter ça et a filmé la séquence sans la répéter. C’était un vrai moment de folie. Jonathan criait ; moi, j’avais un fou rire nerveux ; Patrick hurlait de continuer à tourner ; et c’était en plus notre dernier jour de tournage en Bulgarie. La séquence du train aussi, où on a improvisé tout du long, était très excitante. Et puis il y a les fêtes bulgares, où les locaux ont participé, y compris le responsable de notre gîte et sa famille : on s’est retrouvé au bout d’une journée de tournage à improviser une fête, une danse, et Patrick et le chef-op se sont remis à tourner… Nous avions l’obsession de vouloir piocher dans la réalité du moment.

Reste que certaines séquences ne sont pas loin de basculer vers l’acidité, voire le cauchemar…


Ce sont les moments « limites » du film. Il y a en quatre et ils viennent placer les personnages face à leurs extrêmes, à une forme de danger lié à l’hostilité ou à un pétage de plombs auxquels on est soumis quand on perd ses repères. Ces moments sont presque tragiques, très « borderline » : on aime les situations inconfortables…