Une Femme d’Exception

En salle le

2 janvier 2019

De

MIMI LEDER

Avec

FELICITY JONES, ARMIE HAMMER, KATHY BATES

Genre

Drame (2h00)

Distributeur

Ascot-Elite

Jeune avocate idéaliste, Ruth Bader Ginsburg fait équipe avec son mari Marty pour mettre fin à un siècle de discrimination à l’encontre des femmes. Elle se battra devant la Cour d’appel, puis ira jusqu’à la Cour suprême…

Félicitations !

Le titre de son nouveau film lui va comme un gant. Dans de biopic en prise directe avec notre époque, Felicity Jones est réellement… exceptionnelle.

Comment passer en un clin d’œil du statut de jeune pousse prometteuse en prétendante à l’Oscar de la meilleure actrice pour “Une Merveilleuse histoire du temps avant de s’imposer comme un Han Solo au féminin dans “Rogue One” ? Felicity Jones a sa petite idée. “Pour moi, jouer est une véritable drogue“, explique-t-elle. “Quand je m’investis dans un rôle, tous mes sens se métamorphosent, je ne connais aucune sensation comparable. Le danger physique en moins, j’ai besoin de ma ‘dose’, sinon, j’ai l’impression d’être un poids mort.”

L’esprit de famille

Elle n’a pas mis bien longtemps à contracter son addiction revendiquée. Née en 1983 à Bournville, adorable village situé non loin de Birmingham créé à la fin du XIXè siècle par le magnat du chocolat George Cadbury afin de rendre la vie de ses employés aussi agréable que possible, elle a vu ses parents se séparer alors qu’elle n’avait que 3 ans. “J’en ai beaucoup souffert, mais je garde de mon enfance le souvenir d’une très grande liberté“, dit-elle. “Ma mère a toujours eu une attitude très positive, très encourageante, envers tout ce qui relevait de l’expérimentation.” Lorsqu’elle alla voir son oncle, l’acteur Michael Hadley, dans une mise en scène de la pièce d’Henrik Ibsen “La Dame de la mer”, elle éprouva à 8 ans les premiers symptômes de ce qui deviendra une authentique dépendance : “Des frissons partout pendant quasiment deux heures d’affilée.” Fille d’un producteur d’émissions télé matinales et d’une cadre dans une agence de publicité, elle avait souvent suivi le premier sur les plateaux et accompagné la seconde  au cinéma (“Le premier film que j’ai vu a été ‘La Famille Addams'”) ou au théâtre. “Mais c’est en découvrant un membre de ma propre famille se produire sur scène que j’ai eu envie de devenir actrice.” À 11 ans, la voilà inscrite à l’Atelier Central de Télévision pour les Jeunes ; à 13, elle débute fugitivement dans le téléfilm “The Treasure Seakers, aux côtés d’une toute gamine Keira Knightley ; l’année suivante, elle décroche un rôle récurrent durant onze segments de la série pour enfants “The Worst Witch ; avec le personnage d’Emma dans l’incroyable feuilleton radiophonique “The Archers”, saga rurale dont le premier des 18.256 épisodes fut diffusé le 1er janvier 1951 (plus de cinq millions de Britanniques la suivent encore aujourd’hui six jours sur sept), elle goûte pour la première fois aux joies de la popularité. “À partir du moment où ça n’empiétait pas sur ma scolarité, mes parents m’encourageaient de toutes leurs forces.

A petit feu

C’est ainsi que, une fois diplômée d’Oxford, c’est en toute tranquillité d’esprit qu’elle entreprend de gagner sa vie en tant qu’actrice. “Weirdsisters College”, “Servants”, “Northanger Abbey”, “Cape Wrath” et un épisode de “Doctor Who” à la télévision, une adaptation de “La Reine des neiges” sur les planches, puis le cinéma prend la relève à partir de 2008. Partenaire de Daniel Craig dans “Flashbacks of a Fool”, d’Emma Thompson dans “Bridesmaid revisited” et de Michelle Pfeiffer dans “Chéri”, elle se nourrit de l’observation de ses prestigieux collègues au point, dit-elle, de “venir tous les jours sur le tournage pour le seul bonheur de les regarder travailler.” Avec “Cemetery Junction, chronique adolescente chorale coécrite et réalisée par le futur créateur de “The Office” Ricky Gervais, elle tutoie pour la première fois en 2010 la tête d’affiche. Un peu noyée dans la luxueuse et baroque transposition cinématographique de “La Tempête de Shakespeare par Julie Taymor (elle y joue une adolescente beaucoup plus jeune que ses 27 ans d’alors), deux productions indépendantes feront de 2011 l’année de sa véritable naissance artistique. D’abord “Chalet Girl”, comédie indépendante où, après s’être entraînée plusieurs mois au snowboard et effectué incognito un stage de serveuse dans une résidence pour riches amateurs de ski, elle se fait franchement remarquer dans le rôle-titre ; ensuite, et surtout, “Like Crazy”, une romance contrariée dont l’évocation lui met encore des étoiles dans les yeux. “C’était un film basé sur l’improvisation, et j’y ai deviné un incroyable terrain de jeu”, raconte-t-elle. “Le concept qu’on m’a envoyé tenait sur trois pages, et dès le lendemain, j’ai envoyé au réalisateur un essai auto-filmé dans ma baignoire !” Le tournage, “aussi libre et spontané que sur le plateau d’un film de Lars Von Trier à l’époque où il avait eu cette idée géniale du “Dogme” pour s’affranchir des règles du cinéma traditionnel”, lui permettra ainsi de se livrer comme jamais. Récompensée par l’unique prix d’interprétation dont dispose le jury du Festival de Sundance ainsi qu’une bonne demi-douzaines d’autres trophées, Felicity Jones est définitivement sous les radars.

La cour des grands

Désormais très demandée, elle enchaîne les films : “Albatross”, l’amusant “Hysteria” (sur l’invention du… vibromasseur), le thriller romanesque “Breathe in”, le biopic “The Invisible Woman” (où elle incarne la maîtresse juvénile de l’écrivain Charles Dickens joué par Ralph Fiennes), une apparition très secondaire dans “The Amazing Spider-Man”… Et en 2014, la maturité qu’elle déploie en épouse du scientifique handicapé Stephen Hawking dans “Une Merveilleuse histoire du temps” prend tout le monde par surprise, y compris elle-même. “C’était mon premier personnage vraiment “adulte”, et je ne savais pas si j’aurais les épaules assez solides“, explique-t-elle. Une nomination à l’Oscar lui apportera la réponse. Aussi dévorante et vitale soit-elle, sa passion n’obscurcit cependant pas sa raison. Lorsqu’elle se voit offrir le rôle-titre de “Blanche Neige” avec Julia Roberts en reine cruelle, elle décline gentiment au profit d’une pièce de l’Allemand Friedrich Schiller qu’elle avait promis à son oncle d’interpréter en son honneur et pour laquelle elle s’immergea plusieurs mois dans une famille catholique afin de s’imprégner de la religiosité de son personnage ; quand la sulfureuse héroïne de “Cinquante nuances de Grey” lui est offerte sur un plateau d’argent, son intuition lui souffle à bon escient de passer son tour.  Si les thrillers “True Story” et “Collide” passent complètement inaperçus, son intégration à la saga “Star Wars” via “Rogue On”e et, dans une bien moindre mesure, à l’ésotérique “Inferno” au côté de Tom Hanks, l’a récemment propulsée sur le territoire ambigu du blockbuster. “C’est le genre de projet qu’il faut choisir avec précaution“, confirme-t-elle. “Sans vrai rôle à défendre ou réalisateur capable de filmer autre chose que des effets spéciaux, on risque très vite de sombrer dans le ridicule.”

De ce point de vue, le très sombre “Quelques minutes après minuit” a représenté une sorte d’idéal : “Des émotions profondes, un univers esthétique fabuleux : j’en redemande !” Aujourd’hui, la voilà donc héroïne à part entière d’”Une Femme d’exception”. Dans ce film né dans la foulée de l’affaire Weinstein, elle incarne Ruth Bader Ginsburg, avocate, juriste, juge et membre depuis 1993 de la Cour suprême des Etats-Unis, légende vivante du combat contre les discriminations faites aux femmes. “Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de voix comme la sienne”, dit Felicity Jones. “Si ma carrière devait s’arrêter demain, je garderais pour toujours la fierté de lui avoir rendu justice.”