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un biopic inclassable et cinglant, où Christian Bale livre une performance magistrale.

Vice

En salle le

13 février 2019

De

A. McKay

Avec

C. Bale, A. Adams, S. Carell

Genre

Biopic (2 h 13)

Distributeur

Ascot-Elite

Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l’homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial.

Dominé par Christian Bale, un biopic original et captivant sur un des hommes politiques américains les plus mystérieux et influents de l’Histoire américaine.

Comme beaucoup d’Américains, sans parler du reste du monde, le réalisateur Adam McKay n’avait que peu de connaissances directes sur Dick Cheney, cet homme insaisissable qui fut le double virtuel de George W. Bush, si ce n’est le véritable ordinateur de sa politique, de 2001 à 2009, changeant ainsi l’Histoire américaine, si ce n’est pour toujours, du moins pour les décennies à venir. « Mais lorsque j’ai commencé à lire sur lui, j’ai autant été fasciné par l’homme que par ses convictions et l’énergie avec laquelle il voulait les imposer. J’ai continué à lire de plus en plus, et j’ai été stupéfait par la méthode choquante grâce à laquelle il a accédé au pouvoir et a façonné la place actuelle des États-Unis dans le monde. » Vice-président le plus puissant que le pays ait jamais connu, il a aujourd’hui droit à un biopic inclassable et cinglant, où Christian Bale livre une performance magistrale.

CHERCHEZ LA FEMME

« Après cela, j’ai commencé à lire tout ce qui concernait le pouvoir depuis Shakespeare, et c’est à ce moment-là que l’idée du scénario a commencé à prendre forme », poursuit Adam McKay. « Cheney était un passionné de pêche à la mouche, un sport qui exige de la patience, une vertu qui lui a bien servi lors de son ascension méthodique, tant en politique que dans le monde des affaires. Cependant, rien de tout cela n’aurait eu d’importance sans les encouragements et les ambitions de sa femme, Lynne Vincent. Elle avait le cerveau et l’ambition, mais elle a compris que, étant une femme, certaines portes lui resteraient fermées. Bien qu’elle ne soit peut-être pas capable de tirer elle-même les leviers du pouvoir, elle savait comment faire en sorte que quelqu’un les actionne à sa place. Sans elle, il aurait pu mener une vie tranquille dans le Wyoming, à l’instar de ses frères et de ses sœurs. »

RUPTURES DE TON

C’est ainsi que Dick Cheney a écrit un chapitre géant de l’Histoire politique américaine qui n’avait jamais été complètement examiné à l’écran, devenant une pièce essentielle d’un puzzle où la première puissance mondiale a vu sa politique atteinte par la publicité, la manipulation et la désinformation. Dans ses films humoristiques et son scénario oscarisé pour « The Big Short », Adam McKay avait associé des éléments peu orthodoxes à une narration changeante. « Une partie du génie d’Adam réside dans son approche freestyle, proche du jazz », explique le producteur de « Vice » Kevin Messick. « Ce faisant, il a créé un genre hybride auquel le public réagit. Des films comme “The Big Short” et “Vice” ne sont pas strictement dramatiques ni strictement comiques, mais ils utilisent des éléments des deux. Son style unique fait presque partie de son ADN. »

CHANGEMENT DE PEAU

Restait à trouver l’interprète idéal du machiavélique Dick Cheney. « J’ai écrit ce scénario en pensant à Christian Bale », admet Adam McKay. « Je ne sais pas qui d’autre aurait pu jouer le personnage, et s’il avait refusé, je n’aurais probablement pas fait le film. » Oscar second rôle pour « The Fighter », surtout connu du grand public pour avoir été à trois reprises le Batman de Christopher Nolan, ce grand comédien a également la réputation de s’immerger dans ses personnages jusqu’à la fusion. Un engagement et une aptitude à la transformation qu’il a sans hésité accepté de consacrer au Dick Cheney de « Vice ». « Au-delà de la politique, le personnage touchait à l’essence même de ce que c’est que d’être une personne, de faire partie d’une famille, d’une nation. Et en plus, c’était sacrément drôle ! » Après avoir disséqué toutes les archives audiovisuelles et la littérature relatives à Cheney, Christian Bale, perfectionniste unique en son genre, s’est cette fois astreint à un régime grossissant qui, vingt-deux kilos supplémentaires plus tard, ont fini par lui donner la silhouette massive de son personnage. Et quelques prodiges de maquillage couronneront son ahurissante métamorphose.

REBELOTE ?

Un an après Gary Oldman et le Winston Churchill obèse des « Heures sombres », un autre politicien dodu est sur le point de valoir l’Oscar à son interprète. Mais pour Christian Bale, l’essentiel est ailleurs. « Le film est d’abord un divertissement, mais il renferme des sentiments poignants, des moments de dévastation et de joie incroyables » dit-il. « Et j’espère que, tout en procurant beaucoup de plaisir aux spectateurs, il leur permettra d’ouvrir des conversations et de poser des questions. »