VOYAGE À YOSHINO

En salle le

5 décembre 2018

De

NAOMI KAWASE

Avec

JULIETTE BINOCHE, MASATOSHI NAGASE, TAKANORI IWATA

Genre

Drame (1h49)

Distributeur

Filmcoopi

Lors d’un voyage au Japon à la recherche d’une plante médicinale rare, une femme rencontre un garde forestier qui l’accompagne et la guide sur les traces de son passé. Il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, c’est là qu’elle rencontra son premier amour.

Ode à la nature

Poétique et émouvant, le nouveau film de Naomi Kawase, avec en vedette Juliette Binoche, nous immerge dans un véritable bain de sérénité.

C’est la première fois vous dirigez une actrice française, en l’occurrence Juliette Binoche. Comment l’avez- vous rencontrée ?


Naomi Kawase : C’est ma productrice Marianne Slot qui m’a présenté Juliette. Puis nous avons échangé par Skype, et son ressenti, sa façon de communiquer, nous ont permis d’éclairer ensemble le personnage de Jeanne. Le récit s’est tissé comme s’il incorporait Juliette, son jeu, son esprit. L’imaginer évoluer dans un village perdu au cœur de la montagne japonaise m’inspirait. J’avais le pressentiment que, même si je lui en disais peu sur son rôle, il suffisait qu’elle vienne à Nara pour que tout se mette en place naturellement. En tant que mères, que femmes et que consœurs dans le monde du cinéma, nous avions beaucoup en commun et partagions un même ressenti.

Vous avez tourné “Voyage à Yoshino” tout près de Nara, votre ville natale…


Oui, je suis très attachée à cette ville et j’ai à cœur d’en transmettre la culture et les richesses historiques. Nara est une ville exceptionnelle, et tout autour rayonne une nature très inspirante.

Ce film fait écho à “La Forêt de Mogari” où, déjà, la forêt était un personnage central.

La forêt a un pouvoir mystique et mystérieux. Lorsque l’on y pénètre, on peut perdre tout repère temporel et glisser vers le passé. Dans “La Forêt de Mogari”, les êtres se perdaient dans la nature, comme envoutés, ils ressortaient de cette forêt transformés. Ici, c’est le voyage que va entreprendre Jeanne, une jeune Française venue au Japon à la recherche d’une plante rare, et cette quête l’entraîne malgré elle sur les traces de son passé.

Le temps est une donnée fondamentale de votre film.

Oui la notion du temps est capitale, et aujourd’hui le temps nous échappe, à l’inverse des arts traditionnels japonais qui prennent leur temps…
Pendant le développement du film, j’ai beaucoup marché, j‘ai parcouru les sentiers qui mènent au Mont Yoshino. Des chemins ancestraux, marqués par le passage du temps. Les gens y récoltaient des plantes médicinales et la végétation y était dense. Après la guerre, un mode de vie occidental est apparu et le quotidien des Japonais s’est transformé. Les routes ont été goudronnées, des tunnels creusés, les gens n’ont plus eu besoin de traverser chaque village à pied, ils ont pu voyager plus loin et plus facilement. Alors, les liens traditionnels de proximité se sont distendus, et même les familles ont fini par ne plus vivre ensemble sur la même terre. Je ne redoute pas le changement, mais il est important de ne pas oublier ce qui existait autrefois. Dans le film, en fusionnant le passé et le présent, j’ai tenté de proposer une “vision” vers un avenir. Et si la société actuelle était en train de mettre en place des mécanismes permettant à chacun de vivre en autarcie complète ? Ce film tente de mettre en lumière un malaise de nos sociétés contemporaines, alors même que nous commençons à accepter nos différences, et tentons de donner un sens à la nouvelle ère dans laquelle l’humanité va s’inscrire.

Quel espoir entretenez-vous pour le monde dans les prochaines années, notamment avec le sujet majeur du réchauffement climatique ? Quel est le rôle du cinéma dans tout ça?


J’ai fréquemment la sensation que la Terre est épuisée. Ces dernières années, cette sensation a été de plus en plus forte, a fortiori en vivant au Japon, un pays qui fait souvent l’expérience de catastrophes naturelles. C’est un sujet complexe, mais je ne peux m’empêcher de penser que ces catastrophes sont en partie dues à la destruction de la nature par l’homme. Dans un monde où les déséquilibres sont multiples, l’humanité court à sa perte. L’homme moderne, avec internet, a accès à un nombre illimité d’informations qui lui donnent l’illusion de connaître ce monde. Or, personne ne doit oublier que ce qui est réellement important se trouve sous nos pieds.