Yao

En salle le

23 janvier 2019

De

PHILIPPE GODEAU

Avec

OMAR SY, FATOUMATA DIAWARA, LIONEL LOUIS BASS

Genre

Comédie dramatique (1h50)

Distributeur

Filmcoopi

Yao, un jeune enfant sénégalais, se rend à Dakar après avoir fugué et parcouru près de 400 km seul dans le seul but d’y rencontrer son idole, Seydou Tall, un acteur français d’origine sénégalaise revenu au pays.

Il paraît que vous portiez « Yao » en vous depuis longtemps…

Philippe Godeau : C’est tout à fait exact. J’en ai parlé à Omar Sy, car j’avais l’intuition qu’il serait sensible à cette histoire, qu’il en partagerait la part intime et les valeurs qu’elle véhicule. Outre la beauté esthétique et exotique du Sénégal, ce sont surtout les valeurs inhérentes à sa culture qui me touchaient et que je voulais transmettre à travers le film : le sens de la famille, du partage, de l’accueil, de la foi que l’on perçoit fortement quand on est là-bas.

Quel est votre propre rapport à l’Afrique ?

Quand j’étais enfant et adolescent, mon père travaillait dans les travaux publics au Mali et j’allais le voir là-bas. C’était une chance, une richesse pour moi : découvrir une culture et un quotidien très éloignés de ma vie de jeune Occidental. À l’âge où je ne pensais qu’à faire de la mobylette et m’amuser, je découvrais des enfants qui faisaient l’école à d’autres enfants, qui manifestaient un grand intérêt pour la culture, les livres, les informations, la France… Cela a nourri le scénario de « Yao » et ce personnage d’enfant qui aime lire.

Justement : d’où vient Lionel Basse, ce jeune comédien formidable qui incarne Yao ?

Il était essentiel pour moi de chercher l’enfant « idéal ». Je voulais qu’il ait un accent authentique, qu’il ait onze ou douze ans, donc une certaine maturité. Nous avons eu de la chance de le trouver parmi les six cents enfants rencontrés pour le film. Je suis très sensible à la voix des acteurs, et j’étais très sensible à la sienne. Elle nous embarque immédiatement ailleurs. Il est de Saint-Louis,

Avez-vous écrit le personnage de Seydou en pensant à Omar Sy ?

Oui, avec Agnès de Sacy, c’est autour de lui que nous avons conçu le projet. Omar nous permet d’entrer dans l’intimité d’un ailleurs. Il est la personnalité préférée des Français depuis l’immense succès d' »Intouchables ». Père de cinq enfants, il est parti s’installer à Los Angeles pour protéger sa famille à cause de sa notoriété considérable en France. Après un plébiscite pareil, il aurait pu se perdre. Or il est resté lui-même et continue de poursuivre sa carrière, dans son pays natal comme à l’étranger. En ce qui me concerne, j’avais l’intuition qu’il avait besoin de se confronter de nouveau à ses racines et qu’il serait bon qu’il le fasse devant une caméra. Nous avions tous deux un vrai désir de cinéma autour de cette histoire. Nous partageons tous deux un attachement profond à cette question des origines, de la paternité. Je sentais profondément que nous pouvions raconter cette histoire ensemble, celle d’un acteur à succès qui souhaite emmener son fils découvrir le pays de ses ancêtres et qui se retrouve à faire ce voyage avec un autre enfant que le sien.

Que ce soit dans « Chocolat  » ou « Samba », Omar Sy a interprété des rôles étroitement liés au racisme et au déracinement. Dans votre film, il incarne le Blanc au pays des Noirs !

Oui, l’étranger, c’est lui ! C’est pourquoi Yao, l’enfant qu’il croise sur son chemin, l’appelle « le Bounty » : à ses yeux, il est « noir dehors et blanc dedans ». Cette position inversée dans le regard que l’enfant porte sur lui permet de soulever la question complexe de l’identité. Et j’espère qu’elle renverra le spectateur à sa propre vision de l’altérité.

Dans votre film, Omar Sy est le contraire d’un conquérant. Son jeu est très sobre, en position d’accueil et de réceptivité totale.

Je n’ai pas fait grand-chose, à par faire confiance en sa capacité à être présent. Nous prononcions en effet le mot « accueil » sur le tournage. Il s’agissait de laisser venir, d’attraper ce qui nous était donné. Omar se mettait à nu. Il aurait été tentant pour lui de se protéger, mais il a su être ouvert simplement. C’est un acteur qui peut tout jouer, du clown au drame en passant par les scènes d’action. Là, il lui fallait incarner son personnage dans le plus grand dépouillement et permettre ainsi au spectateur de faire ce voyage avec lui.

Quant au Sénégal que je montre, ce n’est pas celui des touristes : il y a là aussi de ma part la volonté de faire découvrir un pays et sa culture, avec l’espoir de les rendre aussi peut-être moins lointains. J’aime à croire que le cinéma peut faire un peu bouger les mentalités, rendre curieux, et qu’il nous permet d’aller plus facilement ensuite vers ce qui est différent de nous.